Il était d'une naissance assez obscure; mais, je ne sais comment, il fit de bonnes études. Ces études devinrent même assez fortes pour lui donner l'espoir d'arriver à TOUT. Alors, comme à présent, Paris était le lieu par excellence, le Potose, l'Eldorado... Le jeune Maury se mit en marche un matin avec quelques écus dans le gousset, un paquet assez léger sur le dos, et beaucoup d'espoir dans le cœur.

Il cheminait gaiement vers Paris, et chantait des cantiques avec une voix[116] dont la vigueur attestait des poumons pleins de cette vie qui est alimentée par un sang jeune et actif, lorsqu'à une halte qu'il fit pour ouvrir son bissac et donner une atteinte à ce qu'il contenait, il fut rejoint par un jeune homme de son âge à peu près, mais pâle et débile, faible et languissant, autant qu'il était, lui, robuste et fleuri... Ils firent connaissance et reprirent ensemble le même chemin... Ils se demandèrent où ils allaient? Tous deux à Paris. Ce qu'ils y allaient chercher? fortune!—et tous deux dirent ce mot avec une expression qui affirmait leur volonté.

—Elle court bien, dit Maury; mais j'ai de bonnes jambes, et je l'attraperai.

—Je cours mal, dit l'autre; mais avec de la persévérance on arrive au but, quelque loin qu'il soit.

Et les joues pâles du jeune homme se colorèrent d'un rouge vif.

—Bien cela! dit Maury... vous êtes un brave jeune homme. Vous irez loin... L'homme qui veut est si puissant!

Ces deux jeunes gens, se lièrent d'une profonde amitié pendant ce voyage entrepris, sur la foi d'une illusion de vingt ans, pour aller chercher la fortune loin de la terre de famille, loin de l'appui paternel.

Arrivés à Paris, ils louèrent en commun une petite chambre au quatrième étage, dans la rue Serpente, et puis dans celle de la Huchette; là, ils travaillèrent tous deux pour le but qu'ils se proposaient d'atteindre: l'un faisait des sermons, c'était Maury,—il était abbé; l'autre apprenait à tuer et à sauver des malades,—il était médecin.

—Si je pouvais obtenir, par un protecteur, de faire l'oraison funèbre de la première princesse ou du premier prince qui mourra! disait Maury.

—Si je pouvais disséquer et embaumer son corps, disait l'autre.