D'Aigrefeuille était fort ami d'une bonne, excellente et spirituelle personne, la comtesse de la Marlière. Un jour, il était chez elle, et lui contait ses chagrins d'être obligé d'acheter un habit habillé.

—«Mais, lui dit la comtesse, j'ai une robe de velours bleu de ciel, la couleur est un peu tendre, mais, qu'importe? prenez-la.»

D'Aigrefeuille, ravi, emporte sa robe, et son bonheur l'adresse chez le valet de chambre de l'archi-chancelier, au moment où il mettait en ordre des fourrures qu'il tenait encore à la main.

—«Tenez, monsieur d'Aigrefeuille, voilà de quoi garnir richement votre habit. Ce sont les rognures de l'hermine avec laquelle on a garni le manteau du sacre, pour monseigneur.»

D'Aigrefeuille, ravi du magnifique présent que le valet de chambre aurait probablement jeté, s'il ne le lui avait pas donné, fit faire l'habit bleu de ciel, se mit en dépense pour la doublure de satin blanc, et fit apposer sur les manches et au collet, ainsi que sur tous les bords, les petites bandelettes de fourrures blanches de l'hermine, dans laquelle il n'y avait plus une queue noire.

C'est avec cet habit que d'Aigrefeuille se faisait beau les samedis et mardis, chez l'archi-chancelier. Pour tout le monde, il n'était que ridicule; pour moi, il était comique. Pour moi, qui connaissais l'histoire du velours et de la fourrure, cet habit valait plus que pour une autre.

Cette histoire d'un habit bleu m'en rappelle une que j'ai omise dans le salon des princesses: c'était pour celui de la princesse Pauline.

M. de Th.... était, ce qu'il est encore, un officier plein de mérite et tout à fait estimable; mais il avait beaucoup de couleur, et le sang lui montait facilement aux joues. Ceci est indépendant des qualités de quelqu'un.

M. de Th.... était absent de Paris; il y revient, et trouve qu'en son absence on a donné l'ordre très-sévère de n'aller à la cour qu'avec un habit habillé. C'est un ordre un peu dur pour un jeune officier de cavalerie ayant une jolie tournure, et qui n'a que son uniforme... Dans cette perplexité, il rencontre M. Eugène de Faudoas, et lui conte son aventure.

—«Bah! n'est-ce que cela? lui dit M. de Faudoas; ma sœur va réparer ton malheur à l'instant. Il me faut un habit aussi, et je vais la prier de faire les deux emplettes.»