—Mais, dit madame Bonaparte, elle venait en conciliatrice, et...

—En conciliatrice!... Elle? madame Hulot?... Ma pauvre Joséphine, tu es bien crédule et bien bonne, ma chère enfant!...»

Et prenant sa femme dans ses bras, il l'embrassa trois ou quatre fois sur les joues et sur le front, et finit en lui pinçant l'oreille avec une telle force qu'elle jeta un cri... Bonaparte poursuivit:

—«Je te dis que ce sont deux méchantes femmelettes, et que cette dernière impertinence de madame Hulot mérite une correction. Bien loin de là, voilà que tu l'accueilles et lui fais politesse.

—Qu'a-t-elle donc fait? se hasarda à demander Cambacérès qui sommeillait dans un fauteuil, après avoir pris son café.

—Mon Dieu, dit madame Bonaparte, madame Moreau voulait voir Bonaparte: elle est venue trois ou quatre fois aux Tuileries sans y parvenir, et l'humeur s'en est mêlée...

—Et Joséphine, qui ne vous dit pas tout, ne vous dit pas aussi que la dernière fois madame Hulot dit en se retirant: Ce n'est pas la femme du vainqueur d'Hohenlinden qui doit faire antichambre... Les directeurs eussent été plus polis. Ainsi madame Hulot regrette le beau règne du Directoire, parce que le chef de l'État ne peut disposer du temps qu'il donne à des travaux sérieux pour bavarder avec des femmes!... Et toi, tu es assez simple pour chercher à calmer l'irritation que ces méchantes femmes ont éprouvée, et qui n'est autre chose que de la colère!...»

Joséphine, qui s'était éloignée du premier Consul lorsqu'il lui avait pincé l'oreille, revint auprès de lui et passant un bras autour de son cou, elle posa sa tête gracieusement sur son épaule. Napoléon sourit et l'embrassa. Il avait résolu d'être charmant ce jour-là, et il le fut en effet.

—«Allons! s'écria-t-il... laissons tout cela et prenons une vacance... il faut jouer. À quoi jouerons-nous? aux petits jeux?

—Non, non! s'écria-t-on de toutes parts.