MADAME DE LAVALETTE.
Ni moi.
LE PREMIER CONSUL.
Mesdames, arrangez-vous, mais je ne veux pas jouer contre des jetons; je ne veux pas jouer à crédit... Je fais mon jeu avec de l'or, et si vous me gagnez je veux aussi vous gagner; demandez de l'argent à vos maris... Lavalette, donne donc de l'argent à ta femme[19]... (Il cherche dans ses poches, où jamais il n'avait d'argent.) Donne-moi de l'argent, Duroc!... (Tout le monde se met à rire.) Riez... Tenez...
Le sérieux du premier Consul nous fit beaucoup rire, nous eûmes bientôt devant nous ce qu'il fallait pour faire nos mises, et le jeu commença; mais ce fut pour éveiller une nouvelle gaieté... Napoléon trichait horriblement; il fit d'abord une mise modeste de cinq francs... Duroc tira et donna les cartes: lorsque tout fut fait, Napoléon avança la main après avoir regardé ses cartes.
LE GÉNÉRAL DUROC.
Voulez-vous une carte, mon général?
LE PREMIER CONSUL.
Oui. (Après avoir eu sa carte:) À la bonne heure au moins... voilà qui est bien donné! Tu es un brave banquier, Duroc.
Le général Duroc tirant pour lui sur quinze (car il devait croire que Bonaparte avait eu vingt et un) amène un neuf.