LA PRINCESSE.

C'est-à-dire que je suis toute seule.

MADAME JUNOT.

Comment? et votre lune de miel ne fait que commencer.

LA PRINCESSE, haussant les épaules.

Quelles sottises me dites-vous là, chère amie! Une lune de miel avec cet IMBÉCILE-LA!... Mais vous voulez rire probablement?

MADAME JUNOT.

Point du tout, je le croyais; c'était une erreur seulement, mais pas une sottise... Et puisque je ne dérangerai pas un tête-à-tête, j'accepte, pour être avec vous d'abord, et puis pour juger si, en effet tout espoir de lune de miel est perdu.

La Princesse se leva alors majestueusement, et fut droit à madame Bonaparte pour prendre congé d'elle; les deux belles-sœurs s'embrassèrent en souriant!... Judas n'avait jamais été si bien représenté.

Mais ce fut en regagnant sa voiture que la princesse fut vraiment un type particulier à étudier... Elle ralentit sa marche lorsqu'elle fut arrivée sur le premier palier du grand escalier, et traversa la longue haie formée par tous les domestiques et même les valets de pied du château avec une gravité royale toute comique; mais ce qu'on ne peut rendre, c'est le balancement du corps, les mouvements de la tête, le clignement des yeux, toute l'attitude de la personne. Elle marchait seule en avant; son mari suivait, ayant la grotesque tournure que nous lui avons connue, malgré sa jolie figure. Il avait un habit de je ne sais quelle couleur et quelle forme, qu'il portait à la Cour du Pape; et, comme l'épée n'était pas un meuble fort en usage à la Cour papale, il s'embarrassait dans la sienne, et finit par tomber sur le nez en montant en voiture. Le retour fut rempli par de continuelles doléances de la Princesse sur son chagrin d'avoir mis une robe verte dans un salon bleu.