Et sans aller joindre sa voiture, elle monta l'escalier du pavillon de Flore, et s'en fut au salon de service. C'était, je crois, Lemarrois qui était de service. Je laisse à penser quel fut son étonnement en voyant madame de Rémusat au milieu de leur bivouac.

—«Ce n'est pas pour vous que je viens, leur dit-elle... Il faut que je voie l'Empereur. Allez lui demander cinq minutes d'audience.

—Mais il est couché.

—C'est égal. Il faut que je le voie, il le faut absolument.»

Lemarrois fut frapper à la porte de l'Empereur, et lui dit le message de madame de Rémusat.

—«Madame de Rémusat! à cette heure! Que peut-elle vouloir?... Mais j'ai envie de dormir; dites-lui, Lemarrois, de revenir demain matin, à sept heures, ou à huit au plus tard.»

Lemarrois rapporta cette réponse à madame de Rémusat, qui dit à son tour: «Je ne puis m'en aller. C'est la gloire, le salut de l'Empereur... Allez lui dire, mon cher général, que ce n'est pas pour moi que je le veux voir... que c'est pour lui-même.»

Le général Lemarrois revint avec l'ordre d'introduire madame de Rémusat. Elle trouva Napoléon coiffé d'un madras tourné autour de la tête et couché dans un petit lit qu'il affectionnait particulièrement... Il fit signe à madame de Rémusat de s'asseoir sur une chaise qui était auprès de lui... Elle était émue, et ce fut avec un violent battement de cœur qu'elle raconta brièvement à l'Empereur ce qui devait se passer le lendemain... À mesure qu'elle parlait, l'Empereur prenait, quoique couché, une de ces attitudes qui n'étaient qu'à lui et en lui, comme il avait un sourire unique, un regard unique.

—«Mais quel peut être son but? s'écria-t-il enfin...

—Évidemment il en a un, Sire: celui de vous plaire peut-être en allant au-devant de votre volonté... Car il ne peut avoir que celui-là...