Compiègne, 21 avril 1810.
«Mon amie, je reçois ta lettre du 19 avril; elle est d'un mauvais style. Je suis toujours le même; mes pareils ne changent jamais. Je ne sais ce qu'Eugène a pu te dire. Je ne t'ai pas écrit, parce que tu ne l'as pas fait, et que j'ai désiré tout ce qui pouvait t'être agréable.
»Je vois avec plaisir que tu ailles à Malmaison, et que tu sois contente; moi, je le serai de recevoir de tes nouvelles et de te donner des miennes. Je n'en dis pas davantage, jusqu'à ce que tu aies comparé ta lettre à la mienne; et, après cela, je te laisse juger qui est meilleur ou de toi ou de moi.
»Adieu, mon amie; porte-toi bien, et sois juste pour toi et pour moi.
»Napoléon.»
Je vais maintenant aborder un sujet délicat et peu traité jusqu'à cette heure. Il est relatif à Joséphine et à tout ce qui l'entourait. J'ai fait voir, par les différentes lettres que j'ai transcrites de l'Empereur et de l'Impératrice, et données par la reine Hortense elle-même, que Napoléon avait eu, dans toute l'affaire du mariage et dans celle du divorce, une délicatesse vraiment admirable. Sa réponse à l'Impératrice est remplie de cœur, tandis qu'il faut convenir que la lettre de Joséphine contenait des pensées vraiment pénibles à faire connaître pour une autre femme. Cette demande d'argent, au moment où l'Empereur venait de lui accorder deux millions[55] et un magnifique service de porcelaine de Sèvres, était peu délicate... Tout cela, ajouté à la volonté de Napoléon de rendre Marie-Louise heureuse, me prouverait qu'il n'était pas étranger à une lettre qui fut écrite à l'Impératrice, par madame de Rémusat, lorsqu'elle fut à Genève en 1810.
Cette lettre est un document précieux pour l'histoire, c'est encore la reine Hortense qui nous l'a fait connaître et en a fourni l'original.
L'Impératrice avait demandé la permission à l'Empereur de faire ce voyage d'Aix en Savoie, et l'avait entrepris avec une volonté de faire parler d'elle. Napoléon en eut de l'humeur; il lui parut que, dans cette première année, une retraite complète valait mieux qu'un voyage. L'Impératrice voyagea sous le nom de madame d'Arberg, et visita une partie de la Suisse. Ce fut dans ce voyage qu'elle faillit périr, dit-on, sur le lac de Genève, dans une promenade où elle se trouvait dans la même barque que plusieurs personnes de Paris comme M. de Flahaut, etc. L'Empereur, en l'apprenant, lui écrivit cette lettre:
À L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE, AUX EAUX D'AIX EN SAVOIE.
Saint-Cloud, 10 juin 1810.