Giulio pâlit en entendant ces paroles; un souvenir terrible le saisit aussitôt... Il se retira dans son appartement, et ne voulut voir personne qu'un vieux moine qui l'avait élevé et dont il était tendrement aimé.
Le marquis de Cosmo fut promptement rétabli, le jour du mariage fixé, et, de ce moment, la joie revint dans les deux familles.
Le matin du mariage, Camille vint de bonne heure au palais de sa fiancée; Giulio était sorti, mais il avait fait dire qu'il se rendrait à l'église. On partit, et le mariage fut célébré avec toute la pompe que demandait cette solennité, à laquelle étaient intéressées les premières familles de Rome. Mais, lorsqu'on revint au palais de Cosmo, Giulio se trouva encore absent. L'inquiétude s'empara alors vivement de son père et de sa sœur, ainsi que de Camille. On envoya chez tous ses amis... Vers le soir, au moment où le vieux marquis était pensif, occupé à écouter la relation que lui faisait Camille de la soirée passée au palais Gandolfo, un inconnu laissa une lettre pour lui et s'éloigna aussitôt.
Cette lettre était de Giulio:
«Mon père, disait-il, disposez de vos richesses en faveur de ma sœur. Je suis mort pour le monde. Je dois fuir une destinée funeste, et vous devez préférer ne plus voir votre fils à le voir indigne de vous.
«Épargnez-vous d'inutiles recherches, ma résolution est inébranlable.
«Adieu, mon père, bénissez votre enfant, car il est et sera toujours digne de vous.»
Cet incident frappa d'une teinte lugubre les noces de Giuliana. Camille épousait en elle la plus riche héritière de l'Italie depuis la retraite de son frère; mais il aimait Giulio, et son souvenir empoisonna longtemps le bonheur dont il jouissait.
Le marquis de Cosmo découvrit enfin que le moine qui avait été précepteur de Giulio connaissait la retraite de son fils. Il le manda devant lui.
—Mon père, lui dit-il, vous savez où est Giulio.