Vous êtes un noble et digne homme, monsieur!

REGNAULT.

Bath! je ne suis pas meilleur qu'un autre... Tenez, demandez à ma femme, elle vous dira que j'ai de mauvais moments.

MADAME REGNAULT.

Je ne me souviens que des bons moments: allons à la cave!

On chercha longtemps. M. de *** avait déjà fait au moins cinq ou six fois le tour des caves, et on n'avait rien trouvé. Regnault lui-même avait pris une petite bûche et cognait sur tous les murs. Partout des murs de communication, partout des murs pleins, et le monsieur, désespéré, était au moment d'abandonner sa recherche pour laisser en repos le nouveau maître de cette maison, dont la patience peut s'épuiser, et qui enfin peut le chasser. Mais il connaît mal Regnault. Regnault demeurera là jusqu'au soir; la seule contrariété qu'il éprouve, c'est de craindre qu'on ne trouve pas ce qu'on cherche. Enfin Regnault s'avise de cogner au bas du mur avec un bâton:

—Ah! s'écrie-t-il, il y a quelque chose là!

Tout le monde regarde, c'est évident; il y a un mouvement visible dans le mur... En effet, rien n'avait été sondé à cette hauteur; c'était à hauteur d'appui. On y met le marteau avec l'ordre de Regnault... M. de *** était là avec une impatience qui seule parlait pour l'avertir. Mais ce pouvait être un avertissement trompeur. Enfin, après la chute de quelques briques, lorsque la poussière fut éclaircie, on aperçut une grande caisse, avec tous les renseignements en double sur cette caisse, dans une feuille de plomb roulée.

Le monsieur fit son inventaire à mesure que les objets venaient les uns après les autres. Le pauvre émigré rayonna de joie en voyant cette richesse qui lui assurait une noble indépendance. Regnault jouissait de le voir toucher ces mêmes bijoux antiques, cette argenterie qu'avait possédée son père, et enfin tout ce qui lui était souvenir... Ce M. de ***, après avoir comparé avec la note, fit encore ses remerciements à Regnault et à sa femme, en leur demandant de croire à une éternelle reconnaissance. J'ignore ce qu'est devenu cet homme.

Cette aventure, par le soin extrême qu'on apportait à ce qu'on disait dans le monde sur les affaires intérieures, bonnes ou mauvaises, passa presqu'inaperçue, et les choses demeurèrent douteuses pour les curieux.