«Je ne crains pas qu'un nouveau César[24-C] passe le Rubicon; le héros qui est maintenant aux lieux que César traversa pour marcher contre sa patrie y consolide la liberté des peuples au sein desquels la victoire l'a conduit. Mais Marius[24-D] peut arriver aux portes de Rome, et s'indigner de ce que les sénateurs délibèrent. Dans cette circonstance, je suppose qu'un lieutenant fidèle[24-E] arrête le nouveau Marius aux limites constitutionnelles[24-F], le Directoire pourra donc destituer le lieutenant fidèle et ouvrir le passage aux factieux!»

[24-A]: Cette phrase a rapport aux hommes du Directoire, Talleyrand surtout, qui l'avait trahi après l'avoir mis en avant.

[24-B]: Chef d'état-major du général Hoche. C'était le fils du fameux généalogiste, et il l'était lui-même.

[24-C]: Bonaparte.

[24-D]: Hoche.

[24-E]: Le lieutenant fidèle, c'est Pichegru.

[24-F]: La Constitution avait ordonné qu'il serait tracé un rayon autour de Paris que les troupes même de la République ne pourraient pas franchir. C'était l'article 69 de la Constitution qui le fixait.

[25]: Benjamin Constant a publié en l'an IV un ouvrage sur le Gouvernement français, et la nécessité de s'y rallier. Celui sur les Réactions politiques parut un an plus tard, en l'an V.

[26]: Propres paroles de Thibaudeau.

[27]: Jean Debry, dont il est souvent question dans cet article, est un homme dont le Directoire savait apprécier les talents, et qu'il voulait rattacher à lui. Député de l'Aisne à l'Assemblée Législative, il eut une carrière parlementaire très-importante; ce fut lui qui fit déchoir Louis XVIII de son droit à la régence, et qui fit prononcer l'accusation contre les princes émigrés. En général, il était fort exagéré et fort peu tolérant, mais d'un républicanisme dont nous n'avons aucune idée aujourd'hui: ainsi ce fut lui qui fit décréter que toujours on jouerait la Marseillaise à la garde montante. Il était très-exalté, mais vrai, et cette certitude donnait une grande autorité au député qui siégeait souvent entre deux faux frères; il était admirable pour le général Bonaparte, qu'il vénérait. Je crois bien que M. de Talleyrand ne l'aimait guère, Jean Debry.