CASTELLANE, Princesse Radziwill.

Kleinitz, 1er septembre 1908.

[ XII]

DUCHESSE DE DINO
CHRONIQUE


1831

Paris, 9 mai 1831.—Je suis si étourdie du bruit de Paris, j'y ai tant entendu dire de paroles, tant de figures ont déjà passé sous mes yeux, que j'ai peine à me reconnaître, à rassembler mes idées et à leur demander de me dire où j'en suis, où en sont les autres; si ce pays-ci est en bonne ou mauvaise route; si les médecins sont suffisamment habiles, ou plutôt si la maladie ne bravera pas la science du médecin!

J'ai déjà vingt fois arrêté ma pensée sur Madère; quelquefois aussi elle s'est reposée sur Valençay. Mais elle ne se fixe nulle part, et il me semble tout à fait déraisonnable de rien préjuger avant cette grande crise électorale à laquelle je vois que tout le monde se réfère. A tout on dit ici: «Après les élections,» comme, à Londres, le monde frivole disait: «Après Pâques.»

Il y avait un petit article dans le Moniteur d'hier: la disposition ministérielle, la disposition du public en général, est équitable et honorable pour M. de Talleyrand, mais la raison n'est pas à la mode, et dans ce pays-ci moins qu'ailleurs. En vérité, si je voulais faire promener ma pensée sur les mille et une petites complications qui gênent et entravent tout, je ne pourrais arriver qu'à ce résultat: c'est que ce pays-ci est fort malade, mais que le médecin est bon!...