«M. Molé m'a paru au dernier degré de l'abattement. Il met Jérémie en madrigaux; il est fort changé.»

Rochecotte, 22 novembre 1840.—Mon gendre a mandé hier, à sa femme, que la lecture des pièces diplomatiques faite dans le sein de la Commission de l'Adresse, à la Chambre des Députés, fait de M. Thiers un ministre incapable et impossible; de M. Guizot, un ambassadeur sagace et un auxiliaire périlleux, et de lord Palmerston l'esprit ferme et résolu de la situation... que Thiers a voulu leurrer, berner, attraper tout le monde, et qu'on s'est moqué de lui... et de la France. Il écrit aussi que M. le duc d'Orléans a dit sa petite improvisation à la Chambre des Pairs, avec un à-propos, une bonne grâce, une élévation admirables.

Il est arrivé une nouvelle note de lord Palmerston, plus bienveillante dans la forme, mais qui inquiète toujours sur l'Égypte.

On envoie M. Mounier, officieusement, à Londres, pour tâcher d'y obtenir quelque chose.

Mon fils Valençay m'écrit que Mme de Nesselrode est à Paris pour six semaines, qu'elle n'ira pas à la Cour, et, par conséquent, pas dans le grand monde, mais elle vivra en garçon, et est ravie de son coup de tête. Je ne sais pas si le comte de Nesselrode en sera également enchanté.

Rochecotte, 23 novembre 1840.—Mon gendre écrit que M. Walewski, qui avait été envoyé en Égypte auprès d'Ibrahim, croyant encore adresser ses dépêches au Ministère du 1er mars, avait écrit que, malgré tous ses efforts, il n'avait pu décider Ibrahim à passer le Taurus. Il paraît que cette dépêche fait grand scandale.

Rochecotte, 24 novembre 1840.—Voici ce que mon gendre m'écrit: «Il y a un bruit vague qu'il va se faire un arrangement en Syrie et en Égypte, qui ne sera pas la destruction du Pacha. Cela est dû à sa soumission absolue aux Puissances, mais nous nous en vanterons ici, et la majorité fera semblant d'y croire. Pour quelque temps, la discussion va être terrible entre Thiers et Guizot, personnellement, et, ce qu'il y a de plus triste pour tous deux, c'est que les assistants donneront raison à chacun contre l'autre. En résultat, ils creuseront le trou dans lequel ils tomberont l'un et l'autre; Thiers est à peu près complètement perdu, et Guizot le sera au printemps, après qu'il se sera épuisé à refaire le lit de M. Molé, qui entrera sûrement si le Roi le veut

Rochecotte, 25 novembre 1840.—J'ai lu, avec admiration, les nobles adieux de la Reine Christine à la nation espagnole[ [153]. Il me paraît que c'est d'un autre temps, et d'un siècle où le langage des Rois était encore celui de Dieu. On dit que c'est M. d'Offalia (qui, lui aussi, a quitté l'Espagne) qui a rédigé ce touchant manifeste.

Rochecotte, 26 novembre 1840.—Quel discours que celui de M. Dupin! Certes, je suis la créature la plus pacifique de France, mais je ne comprends pas qu'on puisse aller jusqu'à une telle platitude; platitude si inutile, si gauche, si maladroite, qu'en vérité, cela semblerait une gageure!

La maréchale d'Albuféra me mande que la comtesse de Nesselrode a rencontré, chez elle, M. Thiers, qui a fait feu des quatre pieds, et qui a charmé la comtesse. Avec les engouements de Mme de Nesselrode, elle peut arriver à de l'exaltation, même pour M. Thiers!