La Princesse Frédéric, celle de Düsseldorf, qui a de temps en temps la tête un peu dérangée, dînait chez la Princesse Guillaume; elle a pu être assez belle, et n'a rien de trop étrange.
Pauline m'écrit de Paris que, pour changer d'air et essayer ses forces, elle va aller à Genève, et, si elle y est en train, elle viendra par la Bavière me retrouver à Vienne.
Je retourne ce matin à Potsdam où j'ai été engagée à passer la journée: je reviendrai demain. Ah! que mon petit manoir tourangeau me paraîtra doux à retrouver!
Berlin, 24 mai 1841.—La soirée ayant fini à Potsdam à 10 heures, j'ai pu revenir hier au soir par le dernier convoi du chemin de fer, après une journée passée auprès de la Reine, qui gagne beaucoup à être vue de près, ce qui arrive toujours aux personnes simples et un peu intérieures. La promenade du soir a été agréable, et la conversation pendant le thé sous les portiques de Charlottenhof très intéressante, le Roi ayant beaucoup causé sur l'état des arts en Allemagne.
Berlin, 25 mai 1841.—J'ai été hier aux manœuvres avec la Princesse de Prusse, son jeune fils et la Princesse Charles. L'état-major du Roi était très brillant, l'emplacement fort beau, le temps à souhait, le coup d'œil des troupes, celui des spectateurs venus en foule de la ville, les calèches des dames, enfin l'ensemble, vraiment digne du pinceau d'Horace Vernet; cela n'a pas été long: une heure, pas davantage. La Princesse de Prusse m'a ramenée déjeuner chez elle, et m'a gardée à causer presque jusqu'au dîner. Mme de Perponcher est venue me prendre, pour aller dîner près du fauteuil de sa mère, que la goutte rend toujours un peu infirme. J'ai été ensuite, avec les Radziwill, au jubilé de l'Académie de chant. Elle est composée de quatre cent cinquante membres, tous amateurs de toutes classes. D'après l'institution, il ne leur est pas permis d'avoir d'autre orchestre qu'un simple piano et on n'y exécute que de la musique sacrée. Cela ressemble à l'Ancient music de Londres, mais ici on exécute infiniment mieux, et avec un ensemble, une justesse et une majesté remarquables. Il n'y a que des Allemands pour chanter ainsi les fugues les plus compliquées, sans soutien d'orchestre, et avec une si énorme masse de voix!
A une soirée chez la comtesse Néale où j'ai été ensuite, lord William Russell racontait que son Ministère avait eu une énorme minorité dans le Parlement mais, en même temps, il ne semble pas croire à sa retraite. Il m'a dit que ce pauvre Mitford que j'ai rencontré dernièrement si à l'improviste, descendant de la diligence à Fulda pour rejoindre sa femme à Wiesbaden, l'a trouvée partie, avec qui? avec Francis Molyneux. Elle n'est plus très jeune, elle n'est pas très belle, elle a des enfants!...
Mon fils Valençay me mande que les courses, à Chantilly, ont été très brillantes et élégantes; il a demeuré au Château, et m'en raconte des merveilles. Il dit que l'Infante, reprise et ramenée, demeure chez Mme Duchâtel, femme du Ministre de l'Intérieur, ayant refusé positivement de rentrer sous la gouverne de sa mère, dont elle craint les coups. Elle persiste à dire qu'elle a épousé le Polonais, mais elle s'obstine à cacher le nom du prêtre qui les aurait mariés.
Berlin, 26 mai 1841.—Le vieux Roi des Pays-Bas, qui est ici sous le nom de Comte de Nassau, est en fort mauvais état de santé; on le croit atteint de la gangrène sénile. Sa femme[ [26], qui est très bien traitée par la famille royale de Prusse, soigne beaucoup le Roi, qui ne peut se passer d'elle un moment; elle ne bouge pas d'auprès de lui. On dit qu'au fond elle est très ennuyée et porte péniblement cet illustre mariage, qu'on ne veut pas reconnaître en Hollande, ce qui met le vieux Roi en fureur. On fonde le refus de reconnaître en Hollande ce mariage sur ce que les bans n'ont pas été publiés; et on n'a pas osé les publier, parce qu'on a craint les démonstrations les plus violentes du public.
J'ai été hier matin, avec les Wolff et M. d'Olfers, le Directeur des Beaux-Arts, voir l'atelier de Wichmann, où j'ai fait une commande, d'après un charmant modèle que j'y ai vu; c'est une nymphe qui puise de l'eau: cela sera exécuté dans un an.
Le Prince de Prusse m'a fait une longue et intéressante visite. Il m'a beaucoup parlé de l'état du pays et des difficultés du gouvernement. Certes, il y en a, et plus d'une, mais aussi il y a encore ici des points d'appui solides.