«Lady Jersey veut que sa fille épouse Nicolas Esterhazy; il y a grande passion entre les jeunes gens. Paul Esterhazy tâche de s'en défaire, ce qui est difficile.
«L'accueil fait au Prince de Joinville à La Haye a été des plus empressés: le Roi et la Reine l'ont comblé d'amitié! Qu'en dira-t-on à Pétersbourg?
«M. de Flahaut a été proposé pour Vienne; on l'y accepte avec peu d'empressement. En tous cas, il ne peut encore y avoir ici ni mutations, ni nominations, car le poste de Londres restant vacant, vu que lord Palmerston suspend la clôture de l'affaire d'Orient, rien ne se fera avant l'envoi de Sainte-Aulaire à Londres.»
Vienne, 17 juin 1841.—Charles de Talleyrand est venu hier me conter les nouvelles les plus fraîches de Paris. L'affaire du maréchal Soult est arrangée. Il reste, et son fils ira comme ambassadeur à Rome. Le Maréchal reçoit six cent mille francs pour liquider je ne sais quelle avance, qu'il prétend avoir faite à l'État. L'affaire turco-égyptienne est finie: l'acte ratifié est parti pour Alexandrie et les cinq Cours se rencontreront à Londres, si déjà elles ne s'y sont tendu la main.
Vienne, 18 juin 1841.—Hier soir, j'ai été entendre une tragédie allemande, puis prendre le thé chez le prince de Metternich, où le Prince se mit à causer, à la fin de la soirée, autour d'une table ronde, et où il est, vraiment, très aimable et intéressant. Excepté le dimanche, qui est leur jour de réception, il y vient peu de monde, ce qui rend la chose beaucoup plus agréable, à mon gré. Le maréchal Marmont y est tous les jours.
Vienne, 19 juin 1841.—J'ai été, hier, avec mes sœurs, visiter la Galerie Impériale des tableaux. Je suis étonnée qu'on n'en parle pas davantage; elle contient de fort belles choses. Elle est hors de la ville, dans un palais nommé le Belvédère, qui a été bâti par le prince Eugène de Savoie: ses proportions intérieures sont très belles.
J'ai dîné chez la princesse Paul Esterhazy avec le prince et la princesse de Metternich et leur fille, le prince Wenzel, Lichtenstein, Schulenbourg, lord Rokeby, le comte Haugwitz et le baron de Hügel. La princesse Esterhazy était fort comique, avec ses terreurs d'avoir lady Jersey pour co-belle-mère. Le mariage n'est cependant pas encore certain.
Vienne, 21 juin 1841.—Je suis ravie que vous aimiez les Lettres de Fénelon[ [30]. Tout est là, et sous une forme qui explique bien le culte fidèle et courageux dont cet aimable et saint Archevêque a été l'objet de la part des courtisans du grand Roi. Il sait donner à la religion un charme et une grandeur, une simplicité et une élévation entraînantes, et si, en s'initiant dans son commerce avec ses amis, on ne se convertit pas absolument, il est, du moins, impossible de n'y pas puiser le goût du bien, du beau, et le désir de mieux vivre pour bien mourir.
L'Histoire de Port-Royal, de Sainte-Beuve, a certainement de l'intérêt; le sujet est grand, mais traité avec un langage qui n'est ni assez sérieux, ni assez simple, pour parler dignement des âpres et imposantes figures du Jansénisme.
Vienne, 25 juin 1841.—Je veux partir mercredi prochain et reprendre par Prague la route qui me ramène en Saxe chez mes nièces; de là, par la Lusace, d'abord dans la Haute-Silésie, chez ma sœur Hohenzollern, qui y sera alors, puis enfin chez moi, à Wartenberg, où je compte être le 26 juillet.