Je ne m'étonne pas du succès de Georges[ [371] auprès de lui, car il est de la sphère des anges!

Je suis ravie que tu puisses retrouver ton mari ici. Tu sais que vous êtes mes CHERS enfants.

Ton beau-père s'est annoncé pour ce soir. Ton oncle Dino et Élisabeth[ [372], à l'improviste pour cette nuit. Probablement un article stupide des journaux de Berlin, par lequel il m'aura cru à toute extrémité, aura réveillé son inquiétude et hâté son arrivée. Enfin Louis[ [373] s'annonce pour demain ou après-demain. Je vais être terriblement envahie. Je voudrais que M. de Bacourt[ [374] vînt m'abriter.

Boson[ [375], Jeanne[ [376] et Adalbert[ [377] viennent aussi me menacer!

Certes, je ne manque pas de cœur pour mes enfants; mais je manque de force pour écouter, pour entendre, pour parler, pour répondre; dès que j'ai fait le plus petit effort, les vomissements reprennent et la transpiration m'inondent! Adieu, ma chère fille, j'ai pour toi et pour Dear Rochecotte une affection toute exceptionnelle.


P.-S.—Toi et ton mari ne me gênent ni en santé ni en maladie et quant à ton frère, il serait aussi le très bien venu. Tu sais que je te dis vrai.

Sagan, 2 avril 1862.—On me mande que la plupart des évêques de France répondront à l'appel qui leur a été fait de Rome pour les martyrs japonais[ [378]; qu'ils partiront en avertissant le Gouvernement, mais sans demander de permission, et que l'Empereur n'en sera pas trop mécontent. Cette question romaine l'embarrasse tellement qu'il en est, dit-on, encore plus attristé qu'irrité. M. de Lavalette se défend d'être mal avec le Pape[ [379], c'est avec M. de Goyon qu'il ne peut vivre.

La Reine Marie-Amélie va passer un mois à Holland-House pour être plus près de la grande Exposition dont elle est curieuse. Être encore curieuse, à son âge, et après avoir été crucifiée! c'est merveilleux et enviable!

Le prince Windisch-Graetz laisse six enfants et très peu de fortune; il avait de gros traitements qui finissent avec lui; sa fille, veuve, sans enfants, âgée de vingt-six ans, qui, depuis son veuvage s'était consacrée à son père, est particulièrement à plaindre. Les journaux allemands ont donné un récit touchant des obsèques qui ont eu lieu à Vienne et à Prague; et surtout, de ce qui s'est passé dans cette dernière ville au haut du Hradchin, où le cardinal Schwarzenberg, beau-frère du défunt, a béni le corps, et d'où les salves de deuil ont retenti du même point, juste d'où l'illustre mort a tenu la ville en échec, lorsqu'il a sauvé à son maître la couronne de Bohême, en 1848. Naturellement, le cortège aurait dû traverser le bas de la ville pour prendre la route de Tachau, où se trouve le caveau de famille; mais l'Empereur a donne l'ordre que le cortège traversât toute la ville, montât au haut du Hradchin où se trouve la Cathédrale, fît halte à la porte de l'église et y reçût les honneurs militaires. Le concours de monde de tous les genres paraît avoir été énorme, et le recueillement touchant et honorable.