[31] Intéressé par le caractère si complexe de M. de Talleyrand, qu'il avait pu suivre de près, l'abbé Dupanloup, devenu évêque d'Orléans, avait passé de longues années à recueillir une série d'actes publics ou privés, concernant les diverses périodes de la vie du Prince. Cette collection de lettres et de documents forme quatorze volumes: Mgr Dupanloup y a joint un récit des derniers moments du Prince de Talleyrand dont il a été déjà question dans le deuxième volume de la Chronique. Tous ces papiers et manuscrits se trouvent à l'heure actuelle dans la possession de M. Bernard de Lacombe, Mgr Dupanloup les ayant légués à son père, M. Hilaire de Lacombe.

[32] Dans la nuit du 1er au 2 décembre, le Prince Louis Bonaparte, ayant fait garder à vue le président de l'Assemblée, avait fait arrêter les principaux chefs des partis républicain et monarchistes, puis, par deux proclamations, déclaré l'Assemblée dissoute et le suffrage universel rétabli. Il procéda ensuite à un plébiscite qui lui donna la Présidence pour dix ans. La force armée et les commissions mixtes ayant fait justice des récalcitrants, ce coup d'État, préparé avec l'énergique concours de M. de Morny, du général de Saint-Arnaud et du préfet de police, M. de Maupas, triompha de toutes les résistances.

[33] M. Thiers, qui croyait la branche aînée des Bourbons frappée d'une impopularité irrémédiable, avait approuvé et appuyé avec énergie l'opposition faite par la Duchesse d'Orléans à un accord entre la branche aînée et la branche cadette. Regardée comme le principal obstacle d'une si désirable réconciliation, les partisans de la fusion accusaient la Princesse d'avoir, par ses fautes, contribué plus que toute autre chose à ramener l'Empire au pouvoir. Ils avaient aussi trop mis leurs espérances dans le général Changarnier qui, loyal mais présomptueux, jouait serré les légitimistes et les orléanistes les uns contre les autres, ne donnant aucun signe de ses intentions réelles, mais ne voulant, dans le fond de sa pensée, que poser la couronne sur la tête qui devait la porter, en tenant à la poser lui-même. Son attitude énigmatique l'avait rendu suspect aux yeux de plusieurs.

[34] A cause de l'arrestation de M. Thiers.

[35] Les généraux Le Flô, Changarnier, Lamoricière et Bedeau.

[36] M. de Falloux, ainsi que le duc de Luynes, le comte de Rességuier et bien d'autres, avait été emprisonné au Mont-Valérien, lors du coup d'État du 2 décembre.

[37] Le 22 janvier, le Prince-Président avait fait publier le fameux décret qui confisquait les biens de la famille d'Orléans. Ce décret, appelé le premier vol de l'aigle, ne fut pas sans rencontrer quelque désapprobation dans l'entourage même du chef de l'État. M. de Morny et M. Fould refusèrent de le signer et, après deux jours de discussion, donnèrent leur démission. M. de Persigny remplaça alors M. de Morny à l'Intérieur.

[38] Le 2 février, six semaines après la naissance de sa fille aînée, la Reine Isabelle se rendait, pour la cérémonie de ses relevailles, à l'église d'Antocha, quand un prêtre du nom de Martin Merimo se précipita sur elle, lui porta vivement un coup de couteau dans le côté droit, au-dessous de la hanche, et avec tant de force que la lame coupa une baleine de son corset, et fit une blessure d'à peu près dix pouces de profondeur. L'assassin était un ancien moine connu pour son exaltation démagogique. Il avait autrefois déjà menacé les jours de Ferdinand VII. Frappé alors d'exil, il avait passé plusieurs années en France et en Belgique et, depuis huit ans, il avait été autorisé à rentrer en Espagne. Condamné cinq jours après sa tentative d'assassinat sur la Reine, il dut subir la peine du garote et fut exécuté le 7 février.

[39] Après le coup d'État du 2 décembre, lord Palmerston, alors ministre des Affaires étrangères, avait envoyé à lord Normanby, représentant de l'Angleterre à Paris, une dépêche officielle où il lui prescrivait de continuer comme par le passé les relations avec le Gouvernement français, la Reine ne voulant point paraître intervenir en rien dans les affaires intérieures de la France. Mais, sans consulter ses collègues, et dans une conversation avec l'ambassadeur de France à Londres, le comte Walewski (qui la rapporta immédiatement à Paris), lord Palmerston exprima sa satisfaction du coup d'État. Cette contradiction entre les instructions officielles et le langage de son ministre direct mit lord Normanby dans une situation embarrassante. Il écrivit à lord John Russell, président du Conseil, pour s'en plaindre. Lord John Russell demanda des explications à lord Palmerston, qui garda d'abord le silence et donna ensuite une réponse qui ne parut pas suffisante. Le Président du Conseil demanda alors à lord Palmerston sa démission et le remplaça au portefeuille de l'Extérieur par lord Granville.

[40] Allusion au discours que M. Guizot prononça le 5 février 1852, jour où le comte de Montalembert fut reçu à l'Académie française.