Sagan, 5 juillet 1860.—Voici les extraits de mes lettres reçues de Paris:

Paris, 1er juillet: «Nous avons été très occupés de la rencontre des souverains à Bade. Plusieurs personnes bien informées disent que l'Empereur Napoléon a été très peu content de son séjour à Bade, et très mécontent, depuis son retour, du langage que les journaux prêtent au Prince-Régent de Prusse.

«La situation du Roi de Naples devient de jour en jour plus mauvaise, ce n'est plus Victor-Emmanuel qui sera roi d'Italie, c'est la révolution sous le nom de Garibaldi. A quelle frontière s'arrêtera-t-elle? L'Empereur commence à s'en alarmer. Le prince Napoléon est irrité que l'Empereur ne soit pas venu en personne à la cérémonie des obsèques de son père[ [311]. Le roi Jérôme allait régulièrement à la messe et s'était confessé cet hiver: ceci est certain; il a fini très régulièrement, malgré les impiétés de son fils.

«Prévost-Paradol fera son temps de prison dans une maison de santé à Passy[ [312]. La Presse, dans laquelle il écrivait, après avoir quitté les Débats, a rompu son engagement avec lui; il se trouve avec une femme folle et sans moyen d'existence.»

Autre lettre du 1er juillet de Paris. «Le roi Jérôme a demandé que son corps ne fût pas déposé à Saint-Denis, disant que, quand les Bourbons reviendraient, ils ne manqueraient pas de le jeter dehors. Son fils a tenu à l'exécution de sa dernière volonté, ce qui a contrarié l'Empereur, car il voulait amuser les Parisiens en faisant promener, sur les boulevards, les cendres du grand homme et celles de Jérôme.

«Les affaires de Rome sont fort tristes: Mme de Lamoricière en est revenue navrée; le feu de paille s'est vite éteint: point d'officiers, point d'argent et partout des résistances. Le Saint-Père, résigné à la façon des martyrs, et trouvant qu'il est peu digne à lui de se défendre. Il a peut-être raison.

«L'entrevue de Bade est prise comme un échec pour le mystificateur habituel; il va s'en consoler à Nice, en Savoie, en Algérie. Il voit que tout lui échappe; sa politique devient plus tortueuse, plus hésitante, plus mensongère que jamais. Le roi de Wurtemberg paraît lui avoir parlé ouvertement de cet étrange système de brochures; il l'a dit à ses Ministres auxquels, depuis son retour, il paraît triste et soucieux.»

Autre lettre du 2 juillet de Paris: «Je sais de façon certaine, et j'avoue que je m'en étonne, que l'Empereur Napoléon a trouvé que, des souverains réunis à Bade, celui qui avait le plus d'esprit, c'était le Roi de Hanovre, après lui, le Roi de Saxe, que le reste n'était que des médiocrités.

«Le sursis est positif. L'Empereur a dit à des commerçants que nous n'aurions pas de guerre cette année-ci, ce qui ne les a guère rassurés; car, qu'est-ce qu'une année pour des affaires commerciales?»

Günthersdorf, 10 juillet 1860.—Quarante-huit heures avant la mort de son père, le prince Napoléon a voulu faire vendre publiquement ses chevaux. L'Empereur l'en a empêché. Le jour même du décès, il a renvoyé la maison militaire de son père et il en a donné avis au Ministre de la Guerre. Le Ministre a répondu que la maison resterait jusqu'à ce qu'il en eût été référé à l'Empereur.