[23] M. de Cazotte était fils de M. de Cazotte, homme aimable, littérateur agréable, et tellement connu pour son attachement au Roi et à la famille royale, qu'il fut incarcéré à l'Abbaye après le 10 août, et destiné à être une des victimes du massacre projeté. Le courage, la présence d'esprit et la tendresse filiale d'Élisabeth Cazotte, sa fille, qui s'était enfermée avec lui, firent une telle impression sur les assassins de cette prison, qu'ils les mirent tous deux en liberté. Mais, arrêté de nouveau deux jours après sa sortie de l'Abbaye, par l'ordre des scélérats qui composaient le tribunal du 10 août, ils lui firent subir le même sort qu'à MM. de Bachmann et de La Porte, victimés dans la place du Carrousel, en face du château des Tuileries. M. de Cazotte émigra après la mort de son père, servit avec distinction dans le régiment Loyal émigrants, fit partie des malheureuses expéditions de Quiberon et de l'île Dieu, et ne rentra en France, ayant toujours servi dans les armées, qu'en 1802, après le licenciement du régiment d'artillerie dans lequel il servait. Rempli d'esprit et de probité, héritier des sentiments de son père, dont toute la fortune a été confisquée, il n'a, pour élever sa nombreuse famille, qu'un revenu bien modique. Mais, uniquement occupé de ses devoirs, il jouit de l'estime de toutes les personnes à portée d'apprécier ses qualités et ses vertus. Il m'a dit, depuis, que la garde nationale d'Épernay avait été chassée par les factieux, et que ce fut à la tête de celle de Pierry qu'il arriva à Épernay, et qu'étant sûr des gens qu'il amenait, il espérait s'en servir utilement.
[24] M. de Briges partit de Paris dès qu'il eut appris le départ du Roi, et ayant eu quelques données pour croire que ce prince avait pris la route de Châlons, il se rendait dans cette ville lorsque M. de Romeuf y entrait de son côté. Il y fut mis en état d'arrestation, et n'en sortit qu'après l'acceptation de la Constitution. Il était un des plus fidèles serviteurs du Roi, et périt à la funeste expédition de Quiberon en 1795.
TABLE DU TOME PREMIER.
CHAPITRE PREMIER.
(1789)
Séjour à Versailles.—Journées des 5 et 6 octobre.—Établissement du Roi à Paris.—Continuation de la fermentation existant dans cette ville.—Conduite du Roi à l'égard des Parlements de Rouen et de Metz.—Arrestation de diverses personnes.1
CHAPITRE II.
(1790)
Jour de l'an.—Démarche de la Chambre des vacations du Parlement de Bretagne.—Procès de M. de Besenval.—Essai pour réunir le côté droit et le parti modéré de l'Assemblée.—Démarche du Roi à l'Assemblée, le 4 février, et discours de ce prince.—Troubles dans les provinces.—Commencement d'insurrection parmi les troupes.—Mort de M. de Favras.—Décret pour assurer la tranquillité des provinces.—Députation des commerçants du royaume.—Commencement d'insurrection à Saint-Domingue.—Autorité que s'attribuent les districts.—L'Assemblée usurpe tous les pouvoirs et ne laisse au Roi aucune autorité.—Mort de l'empereur Joseph II.—Enquêtes du Châtelet et de la Commune sur les journées des 5 et 6 octobre.—Belles réponses de la Reine à ce sujet. 44