Un nombreux convoi d'armes, débarqué en ce moment à Messine, ainsi que celles apportées par Alexandre Dumas, permirent d'armer avec des carabines de précision plusieurs bataillons de chasseurs qui jusque-là avaient conservé le fusil de munition.
Le 18 août, arrivaient encore plusieurs transports chargés de volontaires piémontais et toscans. Toutes ces troupes, aussitôt débarquées, étaient acheminées sur le Faro où l'armée nationale était concentrée. On apprenait aussi que la brigade Ehber et celle de Bixio marchaient sur Messine et devaient être déjà à Taormini et même plus près. Mais rien n'avait transpiré des projets du général Garibaldi. Toute l'escadre, moins trois ou quatre vapeurs, était mouillée sous les batteries du Faro. On supposait les absents en mission vers Palerme ou Milazzo.
Le 17 au soir, le général Türr avait accompagné Garibaldi dans une reconnaissance sur la route de Taormini. Le 18, tout le monde, excepté les intimes, croyait Garibaldi au Faro, lorsque le 20, au matin, le Béarn, paquebot des messageries impériales, arrive du Levant eu relâche à Messine et annonce qu'il a aperçu en entrant dans le détroit, à quelques milles dans le Sud de Reggio, deux navires dont l'un est à la côte, et qui viennent de débarquer une grande quantité de soldats paraissant Garibaldiens. Il ajoutait qu'au moment de son passage, l'escadre napolitaine s'approchait du lieu du débarquement et que deux corvettes avaient immédiatement ouvert leur feu contre les troupes débarquées et sur le bâtiment échoué. Le point qu'il désignait pour théâtre de cet événement était la Torre delle Armi, au-dessous du village de Mileto.
Grande rumeur dès lors, et bientôt le débarquement officiel de l'armée nationale est annoncé par une proclamation. Le soir, la ville est brillamment illuminée et l'on attend avec une vive impatience les détails qui ne manqueront pas d'arriver le lendemain.
Voici ce qui s'était passé.
Depuis quelques jours, les brigades Bixio et Ehber ne faisaient que marches et contre-marches. Ces brigades avaient accaparé plusieurs grands bateaux sur lesquels avaient même eu lieu quelques préparatifs d'embarquement. Dès le 17, la brigade de Bixio était à Giardini, et celle de Türr à Taormini.
Le 17, dans l'après-midi, deux bateaux à vapeur, le Franklin et le Torino, viennent mouiller à Taormini. Le Franklin, plus près de terre et le Torino plus au large. L'embarquement de la brigade du général Türr commença immédiatement. A cinq heures environ, l'opération était terminée et les deux vapeurs faisaient route de conserve pour Giardini.
Le 18, au matin, on commençait l'embarquement de la brigade Bixio. Vers une heure, le général Garibaldi arrivait et pressait activement le départ. A huit heures du soir, il était terminé. Les deux capitaines des bâtiments avaient dû être provisoirement relevés de leurs commandements. Garibaldi prit celui du Franklin, et Bixio celui du Torino. On appareilla vers les onze heures du soir. Le 19, au petit jour, on était sur la côte de Calabre à la Torre delle Armi, près de Mileto, village situé au sommet d'un mamelon.
Une magnifique plage de sable, où la mer brise à peine, s'étend au loin avec complaisance, offrant toutes facilités au débarquement. Sur la droite, à l'extrémité de la plage, on distingue une église et un peu en arrière, à moitié côte, le télégraphe. Les deux navires ont le cap à terre. Vis-à-vis d'eux, on aperçoit la route royale qui longe la côte et une belle magnanerie dont les plantations vont en s'élevant par étages. L'habitation est au sommet du premier plateau derrière lequel s'élèvent en amphithéâtre une foule de points culminants étages les uns au-dessus des autres.
De Napolitains, pas de traces. Seulement on distingue, à douze milles environ dans le Nord, les fumées de leur escadre. Le Torino marche toujours à grande vitesse et s'échoue; mais le fond est de vase molle et le navire reste horizontal. Le Franklin arrive presque aussitôt; il stoppe à temps et évite le sort du Torino. Immédiatement le débarquement commence sans autre ressource que les embarcations des deux navires. Cependant il s'opéra avec une telle activité, chacun y apporta tant de bonne volonté que, trois heures après, tous les volontaires se trouvaient à terre et les deux brigades étaient organisées et mises en mouvement.