Vers les dix heures du soir, le bataillon de Menotti attaquait de front une forte barricade barrant le passage qui conduit de la grande rue au château, à deux cents mètres tout au plus de celui-ci et sous un feu plongeant des plus dangereux. Le combat fut long; mais, intrépidement entraînés par Menotti, les chasseurs génois finissent par se précipiter à la baïonnette sur la barricade dont ils s'emparent vers les trois heures du matin, et dans laquelle ils s'établissent pendant que les royaux se replient pas à pas vers le château sans ralentir leur feu. La ville était donc au pouvoir de l'armée nationale. Le reste de la nuit, les canonniers du château continuèrent à envoyer, de ci de là, quelques paquets de mitraille et quelques boulets, mais sans résultat.
Le matin, de bonne heure, l'armée nationale, décidée à en finir, commença ses dispositions d'attaque contre le château. Il n'en fallut pas davantage pour déterminer le général Vial à proposer l'évacuation. Cette offre fut acceptée immédiatement. C'était le 21, au matin, que se passaient ces événements.
La capitulation fut bientôt convenue et signée. La garnison remettait le château et tout son matériel: artillerie, armes, approvisionnements et munitions, au général Garibaldi. Les troupes royales, avec armes et bagages, mais sans munitions, devaient descendre sur le quai qui leur était réservé jusqu'à leur départ. Aussitôt convenu aussitôt fait, et immédiatement les Napolitains gagnèrent l'emplacement où ils devaient attendre leur embarquement, pendant que l'armée nationale, pressée de marcher en avant, commençait son mouvement sur San-Giovanni où, disait-on, deux divisions l'attendaient dans des positions formidables et fortifiées de longue date.
VII
Pendant que Garibaldi attaquait Reggio, le canon grondait partout dans le détroit; les batteries du Faro échangeaient des boulets avec un ou deux navires de l'escadre napolitaine, ainsi qu'avec les forts de Pezzo, de la Torre del Cavallo et d'Alta-Fiumare, à propos d'un débarquement qui avait lieu près de la Bagnara.
Dans la matinée du 21, de très-bonne heure, le général Cosenz était descendu en Calabre, près de Scylla, avec une brigade composée de douze cents hommes environ, un bataillon de chasseurs génois et le bataillon français commandé par de Flotte.
C'est à l'entrée d'un grand fiumare, près d'un petit village, entre Scylla et la Bagnara, que les troupes furent mises à terre. Le bataillon français, débarqué un des premiers, repoussa les quelques troupes napolitaines expédiées de la Bagnara, et bientôt toute la colonne prit la route de Solano, village situé dans la montagne, à cinq heures de marche environ du lieu de débarquement. Elle fut aussitôt assaillie de toutes parts par les royaux, qui occupaient les hauteurs et s'étaient retranchés dans une petite maison blanche où l'on avait établi un avant-poste. Le bataillon français fut envoyé par le général Cosenz pour en débusquer les Napolitains et s'emparer de la hauteur. Ce coup de main, hardiment exécuté, eut un plein succès. Malheureusement le commandant de Flotte fut tué roide d'une balle dans la tête à l'instant où, après avoir blessé deux officiers napolitains, il en faisait prisonnier un troisième.