Indépendamment des nombreux végétaux utiles déjà introduits dans les cultures de Beni-Mora, il nous resterait encore à mentionner les plantes d’ornement qui y sont acclimatées, et dont nous avons donné la liste dans nos notes sur les cultures des oasis des Ziban.

Il ne faut pas juger par l’état actuel des cultures des oasis, toutes prospères quelles sont, de l’avenir qui leur est réservé ; car les guerres continuelles que se livraient autrefois les tribus, et qui les forçaient à porter plutôt leurs efforts sur la défense de leurs cultures que sur leur perfectionnement, ne permettaient pas les progrès qui pourront être facilement réalisés sous l’administration pacifique et la tutelle bienveillante de la France. Ceci n’est pas une simple hypothèse ; car nous avons vu les tribus soumises des environs de Biskra et de l’Aurès, recevoir avec empressement les instructions qui leur sont données, au jardin d’acclimatation et dans les tournées agricoles du directeur de la pépinière, pour l’amélioration de leurs cultures et l’introduction de nouvelles espèces végétales. L’influence des chefs, dont le dévouement a été récemment prouvé d’une manière si frappante par l’admirable expédition de Ouargla, viendra utilement se joindre aux efforts éclairés de l’administration de notre belle colonie pour combattre l’esprit de routine, heureusement moins tenace chez les Sahariens que chez certains peuples que leur civilisation plus avancée devrait rendre moins rebelles à l’esprit du progrès.

Le sol des immenses plaines qui entourent Biskra est composé de terrains argilo-calcaires, ordinairement plus ou moins salés et quelquefois pierreux, ainsi que nous l’avons déjà signalé pour la plaine étendue du Col-de-Sfa à Biskra. Le sable pur et mouvant ne se rencontre, au contraire, aux environs immédiats de Biskra que sur quelques points circonscrits. A 6 kilomètres à peu près au sud-ouest de la ville, des rochers élevés sont entourés et couverts en partie de sable ; ce massif est connu des indigènes sous le nom de Maouïa, et est désigné par les Européens sous celui de Montagne-de-sable. — Cette montagne est composée de deux chaînes de rochers parallèles se dirigeant de l’est à l’ouest, et séparées seulement par un ravin étroit où s’est accumulé un épais dépôt de sable. La plaine argileuse qui précède la montagne offre la plupart des espèces caractéristiques des plaines des environs de Biskra. Ainsi on y rencontre le Neurada procumbens appliqué sur le sol ; le Bubania Feei et le Limoniastrum Guyonianum y croissent en grande abondance ; les petites touffes fructifères et hygrométriques de l’Anastatica Hierochuntica n’y sont souvent fixées au sol que par l’extrémité de leur racine pivotante ; çà et là s’observent l’Atractylis flava et le Pennisetum dichotomum qui n’y est pas rare ; dans les ravins peu profonds dont la plaine est sillonnée, se rencontre le Lonchophora Capiomontiana. La zone sablonneuse à la base de la pente méridionale présente des touffes des : Astragalus Gombo, Scrophularia deserti, Bubania Feei, Calligonum comosum, Euphorbia Guyoniana, Arthratherum pungens et Danthonia Forskalii, entre lesquelles croissent les :

Sur la pente méridionale assez abrupte le sable ne se trouve qu’entre les anfractuosités des rochers ; aussi y observe-t-on des espèces rupestres mêlées aux plantes des sables, entre autres :

Un peu au-dessous du sommet se rencontrent des débris de murailles, restes probablement de constructions romaines. A partir de ce point les rochers disparaissent sous une épaisse couche de sable, et sur cette pente mouvante croissent seulement l’Arthratherum pungens, de nombreuses touffes de Cyperus conglomeratus var., l’Astragalus Gombo et le Calligonum comosum dont les troncs tortueux sont presque enfouis dans le sable que dépassent seules les sommités équisétiformes de l’arbuste. Le point culminant est formé d’un sable tellement mobile qu’il exclut toute végétation.

Les environs de Biskra possèdent des sources assez abondantes ; nous nous bornerons à mentionner ici les plus importantes, la fontaine d’Aïn-Oumach et la Fontaine-chaude[24]. La fontaine d’Aïn-Oumach, à environ 10 kilomètres au sud-ouest de Biskra, jaillit d’un rocher de gypse compacte, et forme immédiatement un ruisseau qui, après un assez long trajet, va arroser l’oasis d’Oumach. L’eau de la fontaine est douce et n’a aucune odeur ; sa température prise à la source est de 25 degrés. Dans les marais que forme le ruisseau se rencontrent les Arundo Phragmites var., Erianthus Ravennæ, plusieurs Juncus, et autres plantes des lieux aquatiques. De nombreuses sources viennent se jeter dans le lit de ce cours d’eau, et il en est une, entre autres, qui présente un bassin de près de 3 mètres de diamètre, et où la profondeur de l’eau est d’environ 80 centimètres ; la sonde rencontrant un fond de sable mouvant y pénètre jusqu’à une profondeur de 14 mètres. L’eau de cette source est douce et sans odeur, sa température est de 27 degrés. A des intervalles variables le sol tremble, et l’on entend un bruit souterrain ; alors le sable du fond de la source est soulevé par une espèce de bouillonnement, et l’on voit le niveau de l’eau s’élever dans le bassin en même temps qu’un jet sous forme de colonne en occupe le centre et se termine en cône un peu au-dessus de la surface. Plusieurs des sources qui alimentent le ruisseau présentent des particularités semblables. — Aux environs de la fontaine d’Aïn-Oumach se rencontrent des sables mouvants et des terrains salés, où croissent des Statice, des Phelipæa, le Limoniastrum Guyonianum, et le Cynomorium coccineum. — La Fontaine-chaude (Aïn-Sala’hin), à environ 6 kilomètres nord-ouest de Biskra, doit son nom à la température élevée de ses eaux (45 degrés). Ces eaux jaillissent d’un bassin circulaire situé sur la pente d’un monticule, dont le sol, par son aspect, sa dureté et ses aspérités, rappelle certains terrains volcaniques. Des mamelons, d’une hauteur de 10 à 15 mètres, avoisinent la fontaine, et leurs sommets sont généralement creusés d’excavations semblables à celles de petits volcans éteints et analogues au bassin de la fontaine elle-même. Les eaux de cette source exhalent une odeur d’hydrogène sulfuré ; elles sont salines, et leur composition est à peu près la même que celle de la source voisine d’El-Outaïa (Hammam-Sid-el-Hadj)[25]. Les eaux de la Fontaine-chaude vont se réunir dans un même ravin à celles d’une source voisine (Aïn-el-Djerab), généralement connue sous le nom de Gouffre, pour aller se perdre au loin dans les terrains argileux de la plaine. De nombreuses sources d’eau salée se jettent dans ce ravin ; aux environs des fontaines le sol de la plaine est généralement salé, et l’on y rencontre le Nitraria tridentata, le Limoniastrum Guyonianum, des Salsolacées frutescentes, parmi lesquelles doivent être cités le Sevada Schimperi, qui n’avait encore été observé que sur le littoral de la Mer-rouge, et le Traganum nudatum, qui couronne généralement des tertres arrondis élevés de plus d’un mètre ; les terrains sablonneux présentent également un grand nombre d’espèces intéressantes ; on y observe les Euphorbia Guyoniana, Cleome Arabica, Ammochloa subacaulis, Lotus pusillus, Arthratherum pungens, Senecio coronopifolius, etc. Dans les terrains rocailleux croissent le Bubania Feei, qui y est très abondant, les Echiochilon fruticosum, Oligomeris glaucescens, Pyrethrum fuscatum et trifurcatum, Gymnarrhena micrantha, etc. Dans les marais situés près de la Fontaine-chaude se rencontrent le Juncus maritimus et le Phragmites communis var. Les bords de ces marais sont couverts de touffes de Lygeum Spartum mêlées à celles des Statice pruinosa et cyrtostachya, de l’Halocnemum tetragonum, et du Frankenia thymifolia. Dans les ravins qui avoisinent la source, on voit çà et là de magnifiques touffes de Tamarix pauciovulata.

Les seules oasis arrosées par l’Oued El-Abiad que nous ayons visitées, sont celles de Sidi-Okba et de Mchounech. La première ne diffère pas sensiblement, par ses cultures et sa végétation spontanée, de l’oasis de Biskra ; aussi nous bornerons-nous ici à signaler la bande étroite de sable mobile qui borde cette oasis à l’ouest, et dont nous ne retrouvons pas l’analogue pour les oasis des environs de Biskra. Notre course à Sidi-Okba avait eu surtout pour but la visite de la mosquée où sont conservés les restes vénérés de Sidi-Okba, l’un des premiers conquérants arabes du nord de l’Afrique. L’intérêt historique de cette mosquée a été trop bien indiqué[26] pour que nous pensions devoir y insister ici. — L’oasis de Mchounech, située à l’entrée de la gorge qui donne passage à l’Oued El-Abiad, présente les caractères généraux des oasis de la partie saharienne de la vallée de l’Oued Abdi. Les rochers de la gorge dont nous venons de parler ont offert à M. Balansa l’Oreobliton chenopodioides, qui croît dans les fissures, et le Fumaria longipes, qui se rencontre dans les anfractuosités ombragées. Au pied des murs en pierre de l’oasis se rencontre le Stachys Guyoniana, que nous avons déjà observé à El-Kantara ; le Moricandia suffruticosa est très abondant dans l’oasis où il forme de véritables haies avec le Lycium mediterraneum.