- C'est vrai, M'sieur l'agent, je travaille, vous pouvez demander.

L'agent ne répondit pas.

- Et si je vous promets, Monsieur, de ne plus y aller, au marché... plus jamais.

- C'est fini la litanie, dit à haute voix le gardien.

Alors brusquement, une idée folle vint à Plutarque, une de ces idées stupides qui jaillissent soudainement en nous et qui compromettent tout: fuir.

Au premier coin de rue, il fit un bond brusque en arrière, fit un saut à droite et un à gauche pour dépister l'agent qui trébucha, et il partit de toute sa vitesse à grandes enjambées, avec une agilité de singe, courant comme il ne se serait jamais cru capable de courir, comme un fou. L'agent suivait derrière. Les rares passants se gardaient bien d'intervenir.

Plutarque voulait gagner les fortifications qu'il connaissait et où l'on peut se cacher et se perdre. Il menait son train. Il atteignit les pentes gazonnées du rempart près de Boulogne. Sa manoeuvre à travers les rues avait été si savante, sa chance si particulière, qu'en arrivant sur les talus, il n'était encore suivi que par son agent. Il escalada les escarpes, sauta dans les petits chemins et remonta sur le bord jusqu'à ce que brutalement une douleur à l'estomac l'averti qu'il était à bout, qu'il ne pouvait plus; un effondrement de terrain s'offrait, il le dégringola jusque dans le fossé. Là, il fit encore quelques pas et s'arrêta, appuyé au mur.

Il vit l'agent se rapprocher, tenir le coup, lui, plus fort sur ce chapitre aussi. Alors il sentit son couteau dans sa poche, il l'ouvrit, le cachant entre le mur et lui, et au moment précis où, dans la dernière foulée, son chasseur l'atteignait, Plutarque, exténué, lui enfonça la lame dans le cou, sous l'oreille. L'agent roula par terre, abattu; sa rude main encore cramponnée au bras de Plutarque. Celui-ci, pour se dégager, dut le traîner quelques pas.

... Le lendemain, dans un bar de Suresnes, Plutarque était pris par des policiers habillés en bourgeois.

V