Boum disait ce mot tout bas, très ému, baissant encore davantage sa tête brune. Laferrière sentit le petit drame et n'interrompit pas.

- Je l'aimais, reprit-il, comme vous vous aimez Madame Dora, bien plus encore parce que vous, vous êtes grand, et moi je ne suis qu'un petit garçon et je n'avais qu'elle, rien qu'elle, vous comprenez... C'était Tante Line...

Plus bas encore, mais cette fois, avec un gros sanglot, il poursuivit:

- Il me l'a prise...

Ému aussi par cette jeune douleur, le Parisien laissa passer un temps, puis demanda:

- Comment te l'a-t-il prise?

- Il l'a épousée, puis ils sont partis.

- C'est sa femme, remarqua Laferrière, elle est bien jolie en effet, je l'ai aperçue le jour de son mariage.

- N'est-ce pas qu'elle est jolie? reprit Boum; mais le pire c'est qu'avant de partir, il l'avait changée, tellement. Vous ne l'auriez pas reconnue. Avant elle était douce, elle écoutait comme vous, nous sortions tous les deux, elle me racontait les histoires de mon grand-père qui était parti tout petit en Amérique, elle avait une petite auto qu'elle conduisait, nous nous amusions bien; après, quand Monsieur Claude est venu, elle restait tout le temps avec lui, enfermés dans le petit salon de Maman, ils allaient dehors ensemble, et lui -- et l'enfant précisait en remuant son index en l'air -- il faisait exprès, il lui donnait des cadeaux et des fleurs, il la flattait et se moquait de moi.

Profondément touché, mais voulant savoir, Laferrière interrogea: