Le pays dont il s’agit est celui que traverse la ligne de chemin de fer récemment construite de Beni Ounif à Colomb-Béchar, et la route d’étapes entre Beni Ounif et Igli. Dans les dernières années on y a fondé trois postes militaires importants, Colomb-Béchar, Ben Zireg et Tar’it (écrit souvent Taghit). C’est une région accidentée par de puissantes masses montagneuses, le Mezarif, le Béchar, le Moumen, l’Antar, le djebel Orred, le Grouz. Les géants entre tous les autres sont le Grouz et l’Antar, qui dépassent 1900 mètres. Mais le Mezarif, le Moumen, le Béchar, encore que plus modestes, se dressent à 1400 mètres sur un socle, la vallée de la Zousfana, qui en a 700 ou 800.[112]

Roches primaires (carbonifériennes). — Cette région montagneuse est en grande partie constituée par des roches primaires, et surtout carbonifériennes.

Au point de vue paléontologique, la couche intéressante est une puissante assise calcaire qui contient un peu partout des fossiles ; j’en ai trouvé en particulier au Mezarif et dans l’Antar, où on n’en avait pas encore signalé. Mais il y a surtout deux beaux gisements classiques, celui de Taouerda à quelques kilomètres au nord d’Igli, et celui de Mouizib el Atchan (littéralement la gouttière de la soif) ; c’est le nom d’un torrent à sec conduisant au col où passe la route directe de Colomb-Béchar à el Morra. Encore que séparés par une centaine de kilomètres, ces deux gisements de Taouerda et du Mouizib n’en font qu’un en réalité ; ce sont deux sections d’une même couche qu’on voit se continuer sans interruption, ils contiennent d’ailleurs des fossiles identiques.

Ces fossiles ont été étudiés par plusieurs géologues : MM. Joleaud, Ficheur, Douvillé, Collot, Thévenin[113]. Leurs conclusions sont parfaitement nettes.

M. Ficheur écrit : « L’ensemble de cette faune... présente des caractères assez nets pour l’attribution du niveau fossilifère d’Igli à l’étage Dinantien et à la partie supérieure du sous-étage Tournaisien des géologues belges. »

Et M. Armand Thévenin : « L’étude de ces fossiles confirme en la complétant la note publiée en 1900 par M. Ficheur sur le carbonifère d’Igli... C’est bien là une faune du Dinantien inférieur et moyen (calcaire carbonifère d’Irlande, Visé et Tournay). »

La formation m’a paru avoir environ 500 mètres de puissance, mais c’est là un chiffre simplement approximatif ; dans une région plissée, de semblables évaluations sont sujettes à caution. Le calcaire est très dur, souvent rognonneux et de coloration assez variable, du bleu foncé, qui domine incontestablement, au gris et au jaune. Les assises calcaires (j’en ai compté huit au Mouizib) sont intercalées de marnes ou d’argiles, dont la puissance augmente progressivement vers la base de la formation. (Voir [fig. 28] et aussi pl. [XXI,] [XXII] et [XXIII.])

C’est au Mouizib surtout que j’ai eu le loisir d’étudier cette formation, mais elle m’a paru très uniforme dans toute la région, — à une exception près.

A Ben Zireg des pressions plus énergiques ont transformé les marnes ou argiles en ardoises ; il en résulte un facies si nouveau qu’on peut avoir des doutes sur le synchronisme ; les calcaires de Ben Zireg pourtant contiennent des fossiles, rares et mauvais, il est vrai, mais que M. Haug qui les a examinés, déclare carbonifériens. (Voir [appendice XI.])

E.-F. Gautier. — Sahara Algérien.Pl. XX.