Sur tout son parcours elle coule à l’air libre une fois ou deux par an, lors des très grandes crues. En général elle est à sec comme il sied à un oued saharien. Pas partout cependant. Elle coule à l’air libre assez régulièrement en deux points très éloignés l’un de l’autre, au col de Tar’la sur cinq ou six kilomètres, et dans la palmeraie de Tar’it sur une quinzaine de kilomètres. En ces deux points c’est apparemment un seuil rocheux qui ramène en surface la nappe aquifère. A Tar’la l’oued sort de la cuvette de Figuig en forçant une muraille de calcaires basiques et jurassiques. A Tar’it l’oued a creusé son lit dans des terrains d’atterrissement, mais au travers desquelles on voit percer les calcaires dinantiens[125] ; sous les murailles mêmes du ksar de Tar’it le lit est franchement entaillé dans les vieux calcaires et c’est en ce point précis que ce lit, sec en amont, se remplit d’eau vive.
Entre Tar’la et Tar’it le capitaine Normand[126] nous indique à quelles profondeurs les puisatiers ont rencontré l’eau, à Ksar el Azoudj 3 mètres, Haci el Mir 5 mètres, el Morra 10 mètres, el Moungar 20 mètres. Rappelons que, à Ksar el Azoudj et Haci el Mir le sous-sol dévonien affleure.
En somme cet oued Zousfana a un lit souterrain continu et pérenne ; les terrains d’atterrissement où il coule sont gorgés d’eau à une profondeur plus ou moins faible ; on a pu y trouver un point d’eau, ou y creuser un puits tous les 25 kilomètres le long de la ligne d’étapes, qui est suivie régulièrèment par de l’infanterie européenne, des chevaux et des mulets. Sans doute les étapes sont dures ; au cœur de l’été l’eau devient rare, il faut parfois rationner bêtes et gens, toute l’année d’ailleurs elle est mauvaise, magnésienne et salée. Pour qui vient du nord c’est déjà le Sahara et ses horreurs. En réalité c’est un Sahara très atténué.
A Ksar el Azoudj, et de là jusqu’au pied du Moumen, jusqu’à Haci el Begri et Haci el Mir, la végétation est très belle, pour le Sahara s’entend, les tamaris forment par places de vrais boqueteaux. D’ailleurs Ksar el Azoudj fut certainement un point habité, à une époque indéterminée, comme son nom l’indique (Pl. XXVI, [phot. 50]).
A el Morra les Ouled Djerir plantent et récoltent de l’orge après les crues[127].
En aval de la palmeraie de Tar’it (exactement de Zaouia Tahtania) l’oued coule en pleine hammada de calcaire carboniférien, à même la roche, ou du moins sur une couche d’alluvions insuffisante, il offre donc de moindres ressources ; entre Tar’it et Igli le puits d’el Aouedj coupe l’étape.
Le Grouz envoie à la Zousfana sur sa rive droite toute une série d’affluents qui ont une vie souterraine et parfois superficielle.
L’oued de Fendi, qui passe à Bou Yala, a coulé plusieurs fois à pleins bords pendant l’hiver 1904, au point de compromettre la sécurité du poste provisoire de Bou Yala. A Beni Ounif, à Bou Aiech, à Colomb-Béchar, il suffit de creuser n’importe où un puits de quelques mètres pour avoir de l’eau.
Les oasis de Beni Ounif, de Tebouda, de Fendi sont chacune en relation avec un torrent descendu du Grouz. Fendi a de petits lacs, qui sont charmants, perdus dans un fouillis de palmiers abandonnés à eux-mêmes, incultes et non taillés ; car l’oasis de Fendi, dangereusement située, a été désertée par ses propriétaires. Tout autour, les murailles de calcaire cénomanien (?) encadrent la palmeraie et la dominent en vasque gigantesque ; ce trou de verdure et d’eau est à bon droit le coin de paysage le plus célèbre de la région, Fendi, bien plus complètement qu’aucune des autres palmeraies, répond à l’ensemble d’idées traditionnelles qu’évoque le mot d’oasis.
Les palmeraies d’Ouakda et de Béchar (poste de Colomb-Béchar) sont dans le lit de l’O. Khéroua qui draine l’Antar. Là aussi, à l’oasis de Béchar, l’oued coule à l’air libre, les eaux souterraines sont ramenées en surface par l’affleurement des marnes cénomaniennes ou des argiles primaires, et elles s’étalent en étangs.