La grande source a un débit de 15 à 18 litres à la seconde ; il faut y ajouter le débit, insignifiant il est vrai, de neuf petites foggaras.

Cette masse d’eau est divisée en 41 parts, chacune d’un jour ou d’une nuit. Ce nombre étant impair, ceux qui à la première tournée ont eu l’eau de jour se trouvent à la seconde l’avoir de nuit et vice versa.

Chaque part d’arrosage (journée ou nuit) est divisée en cinq redjala (pluriel de radjel). — Et chaque radjel est divisé lui-même en soixante habbas.

Prix courant du radjel : 200 francs ; de la habba : 3 fr. 33.

Il existe un répartiteur, qui s’appelle habbar, et qui est établi près de la mosquée. Il mesure le temps au moyen du vase de cuivre percé d’un trou qui est d’un usage courant à Figuig et ailleurs sous le nom de karrouba, et qui porte ici le nom de tsirira, un sablier d’eau, à cela près que l’eau entre goutte à goutte dans le récipient tandis que le sable fuit grain à grain de notre sablier. La tsirira est un bateau troué qu’on fait flotter sur un baquet et qui coule en un temps donné. En été on compte 18 tsirira de jour et 13 de nuit. En hiver c’est l’inverse. La tsirira s’emplit donc 31 fois en vingt-quatre heures, ce qui fait l’unité de temps équivalente à 46 minutes 27 secondes.

Le répartiteur chargé de la tsirira réunit par la partie supérieure autant de feuilles de palmier qu’il y a de propriétaires ayant droit à l’eau dans la journée ou dans la nuit, et à chaque tsirira il fait un nœud à une feuille. Dès qu’il y a à la feuille autant de nœuds qu’il revient de tsiriras au propriétaire, le successeur de celui-ci, qui assiste à l’opération, sort en courant du ksar et crie à son métayer ou à son esclave, posté dans le jardin, d’y mettre l’eau.

La plus grande latitude est laissée aux propriétaires pour se céder la totalité ou une partie de leur eau, ou pour changer de tour de répartition.

La source étant située à quinze cents mètres environ de Beni Abbès l’eau est amenée au moyen d’une séguia (canal à ciel ouvert). La séguia vient-elle à se rompre hommes et femmes se précipitent pour le réparer sur l’ordre de la djemaa. S’il y a dépense on la répartit au prorata des droits de chacun.

Dans l’organisation vermoulue des oasis, la réglementation traditionnelle de l’irrigation est apparemment ce qu’il y a de plus solide et de plus respecté.

D’après Demontès[159] on a recensé dans l’annexe de Beni Abbès 6469 habitants. Toute cette population parle arabe, exclusivement, à partir de Beni Abbès, encore bien que les noms des ksars attestent un vieux fonds berbère (Tametert, Timr’arin, etc.). Le long de l’oued quand on vient du nord Mazzer est le dernier ksar où le berbère se soit conservé.