Aussi bien Motylinski a dressé par ouï-dire une liste des ar’rem (oasis) touaregs[249] et celui de Tadjemout y figure. En 1903 la présence en troupeaux d’ânes soi-disant sauvages à proximité de la source témoignait apparemment de l’exode récent des habitants.
La venue des Français a vidé le Mouidir de ses habitants, mais il a ses propriétaires, qui reprendront, si ce n’est déjà fait, le chemin de leurs anciens pâturages. Le Mouidir lato sensu est terrain de parcours des Kel Immidir, tribu Imr’ad du Hoggar. Mais le bas Mouidir occidental (les environs de Tadjemout, le maader Arak), en un mot la région qui nous occupe, appartient aux Islamaten, autre tribu Imr’ad du Hoggar « presque agrégée à celle des Kel Immidir, avec qui ils vivent ». Sur le Mouidir occidental (plus particulièrement, semble-t-il, le maader de Taoulaoun, l’oued In Belrem), les Arabes nomades d’In Salah ont ou revendiquent des droits de propriété[250].
Entrer dans plus détails nous entraînerait à exposer l’organisation politique et sociale du Hoggar. C’est une besogne qui a été bien faite par M. Benhazera[251].
Bornons-nous à constater que nous sommes ici, au Mouidir, dans une annexe du Hoggar, c’est-à-dire dans un pays ethniquement et politiquement distinct de l’Ahnet.
L’Ahnet. — L’Ahnet est séparé du Mouidir, au moins le long de l’itinéraire suivi en 1903, par une hammada désolée où les oueds Nazarif et Souf Mellen se sont creusé des lits à sec. Entre les groupements humains du Mouidir et de l’Ahnet, il y a donc semble-t-il solution de continuité assez marquée ; en tout cas, pour les indigènes, la frontière est très nette et les deux pays très distincts.
Le hasard des itinéraires nous a particulièrement familiarisés avec l’Ahnet d’un bout à l’autre et on peut en essayer une monographie.
La [carte] jointe a été construite pour partie avec les itinéraires Laperrine, Voinot, Villatte[252], et pour partie avec un itinéraire original, de Taourirt à Tin Senasset, au sujet duquel on trouvera en appendice des renseignements précis. Mais j’ai suivi, sans les lever, une bonne partie des itinéraires Laperrine, Voinot et Villatte.
Je ne suis pas sûr qu’il soit correct d’étendre le nom d’Ahnet à la totalité de la région considérée ; les indigènes, autant qu’on peut en juger le réservent à la moitié orientale, et donnent à la corne occidentale celui d’Açedjerad ou Achegrad : (ce sont deux variantes dialectales du même nom, correspondant à deux prononciations différentes, djoug, du même caractère, tifinar’)[253].
En tout cas le complexe Ahnet-Açedjerad est une unité géographique, économique et ethnique, domaine propre des Kel Ahnet et de leurs suzerains Taïtoq.
Bissuel donne au pays qui nous occupe le nom de « région de l’Adrar Ahnet », et Duveyrier avant lui l’avait baptisé « Baten Ahnet ». Ce sont deux appellations peu satisfaisantes. Baten Ahnet s’applique à la grande falaise terminale au sud, la falaise de Glint.