Pourtant les gravures de l’Ahnet se distinguent de celles de Zenaga, non seulement par l’absence de patine, mais encore par la différence de facture. M. Flamand, en matière de gravures sud-oranaises, distingue le trait profond, régulier, qui caractérise les gravures antiques et le « pointillé produit par une série linéaire de percussions », qui caractérise les gravures libyco-berbères. Celles qui nous occupent ne sont ni gravées profondément ni pointillées par percussion ; la patine superficielle de la roche a été enlevée par grattage, tantôt suivant des lignes, tantôt sur de larges espaces ([fig. 21,] A ; [fig. 23,] C ; [fig. 24,] A), tantôt sur la totalité de la figure (voir surtout [fig. 20,] A). Erwin de Bary note, dans l’Aïr, au rocher de Dakou, « des figures d’hommes, de chameaux et de chevaux qui y sont gravées. Les dessins ne sont pas taillés dans la pierre à l’aide d’un ciseau et résultent seulement d’un grattage[90] ».

Notez d’ailleurs que nous sommes au désert où les roches sont couvertes d’une patine très foncée. Les grès éodévoniens en particulier sont des masses de quartz peintes en noir ; la moindre égratignure, le moindre grattage fait apparaître un dessin très blanc sur fond très noir. Avec une pareille matière le graveur obtient avec un minimum d’effort un maximum d’effet utile.

Déjà, à Barrebi, nous avions vu apparaître entre les graffitti libyco-berbères et les gravures anciennes un type de transition. Ce type s’affirme au Mouidir-Ahnet.

La décadence ici a été bien plus lente et progressive, les traditions de gravure se sont maintenues plus longtemps.

En résumé la race berbère, qui dans le Tell a perdu d’assez bonne heure ses anciennes aptitudes artistiques, les a conservées au contraire dans le Sahara jusqu’à une époque voisine de nous.

Station de Timissao. — On a longuement insisté sur les stations du Mouidir-Ahnet, qui présentent un intérêt particulier. Celle de Timissao a beaucoup d’analogies avec elles malgré la distance.

La station de Timissao a été signalée par le colonel Laperrine. Elle se trouve à côté du puits dans une caverne de la falaise en grès éodévonien. Le mot caverne est ambitieux, il faudrait dire plutôt abri sous roche. De cette grotte, si l’on veut, le plancher, les murs et le plafond sont couverts de gravures et d’inscriptions que j’ai examinées d’une façon un peu sommaire ([fig. 25]).

Ici, au contraire d’Ouan Tohra, il existe quelques dessins qui paraissent anciens. Par la patine ils ne se distinguent pas de la roche, il est vrai que ce signe a moins de valeur ici qu’ailleurs. Tous ces dessins, en effet, sans exception sont sur le plancher de la grotte, c’est dire qu’ils ont été foulés par les pieds de générations, ils ont dû se patiner plus vite. Mais le trait est profond et assez net. Noter dans la figure 4 la longueur disproportionnée des cornes. Évidemment l’artiste a campé le corps de son animal de trois quarts et la tête de profil, pour mettre les cornes en valeur ; cette recherche de l’effet et cette pose compliquée sont dans le nord caractéristiques des plus vieilles gravures.

Les animaux représentés sont actuels cependant. 7 semble bien représenter un bœuf de l’espèce Bos ibericus. Et je crois que 4 et 6 représentent des antilopes adax. Notons pourtant que Pomel[91], à propos d’animaux analogues, propose d’une façon tout à fait affirmative l’identification avec l’antilope oryx (cf. Leucoryx Licht), encore qu’il n’en ait pas authentiquement constaté la présence dans la faune quaternaire algérienne. Mais l’oryx ne se trouve plus aujourd’hui qu’en Égypte, l’adax au contraire est un familier du Sahara algérien, et ses cornes ressemblent à celles de l’oryx, assez du moins pour qu’il soit imprudent de vouloir les distinguer sur une gravure rupestre.