38. — TYPE DES POINTES DE LA ZOUSFANA (Musée d’Alger).

(Grandeur nature.)

Ces deux types sont connus et classés en Algérie. Voici comment M. Pallary caractérise ce dernier : « Pointes de trait pédonculées, grosses, massives, irrégulières, très rarement symétriques... toujours cet outillage est façonné sur une seule face. » Il provient toujours de stations en plein air d’après M. Pallary, qui déclare n’avoir jamais trouvé d’industrie similaire dans les grottes ; et qui conclut ainsi : « Aux temps néolithiques succède en Algérie la période numide et berbère, et c’est sans doute le contact des étrangers qui, introduisant dans notre pays les métaux, a dû amener cette décadence de la pierre que nous avons constatée dans les ateliers en plein air[100]. »

Ainsi les grosses pointes seraient un type de décadence, et représenteraient la dernière phase du néolithisme africain, contemporaine des métaux et presque moderne.

Les petites pointes soignées d’Ouargla se retrouvent bien elles aussi en Algérie, d’après Pallary ; elles sont « l’épanouissement du néolithique oranais » ; mais elles s’y trouvent toujours dans les dépôts supérieurs des cavernes (grottes des Troglodytes, du Polygone, de Noiseux et de la Tranchée), en compagnie d’une faune qui n’est pas tout à fait actuelle[101]. Voilà qui est intéressant, sous la plume d’un homme comme M. Pallary, connaisseur excellent de la préhistoire algérienne. Nous constatons ici, comme à propos des gravures, que les belles traditions de taille se sont conservées bien plus tard au Sahara qu’en Algérie. Et nous acquérons la notion que ces innombrables gisements de l’erg oriental, particulièrement signalés et exploités par M. Foureau, constituent probablement une province à part, cantonnée dans le bas Igargar.

Station de Tar’it. — Dans la palmeraie de Tar’it on trouve deux gisements néolithiques. Ils sont très médiocres ; des débris, de vagues grattoirs, mélangés à des morceaux d’œuf d’autruche percés et travaillés. Pas une seule pointe décente de flèche ou de javelot.

Les silex de Tar’it se trouvent en deux points :

a. Au voisinage de la palmeraie dite « des Adieux », à quelques kilomètres au nord du poste de Tar’it sur la route de Beni Ounif. Cette petite palmeraie est aujourd’hui inhabitée, et inculte, à l’exploitation des palmiers près ; mais elle ne l’est pas nécessairement, l’eau y sourd, et les conditions d’habitabilité sont encore aujourd’hui réalisées. L’eau est même fort abondante puisqu’elle est captée et amenée par deux foggaras (canaux souterrains) à la palmeraie actuellement cultivée. La palmeraie « des Adieux » est aux trois quarts enfouie dans la dune et l’ensablement est apparemment la cause de son abandon.

b. Au ksar en ruines de Mzaourou. Ces ruines, comme une demi-douzaine d’autres que je n’ai pas visitées, représentent la vie urbaine dans l’oasis de Tar’it, à une époque immédiatement antérieure à l’actuelle. Elles sont juchées au sommet de la falaise carboniférienne, dans une situation qui a évidemment la prétention d’être inexpugnable, et qui a donc été choisie par des habitants guerriers et autonomes. Les ksouriens actuels, qui ne sont plus ni l’un ni l’autre, ayant abandonné aux nomades le soin de les protéger, habitent dans la vallée au milieu des palmiers et au contact immédiat des jardins. Tandis que les ksars actuels sont bâtis en pisé, les vieilles ruines sont en pierres sèches ; à Mzaourou d’ailleurs le troglodytisme a joué un rôle important ; la falaise est creusée de cavernes cloisonnées de murs. Bref les ksars actuels et ceux du type Mzaourou représentent évidemment deux civilisations distinctes et successives.

Ces ruines en pierre sèche, qui toutes ont un nom, sont d’ailleurs historiquement connues, dans la mesure où les traditions indigènes méritent le nom d’histoire. Elles auraient été abandonnées à la suite des prédications d’un saint personnage venu de Syrie, et cet abandon serait en relation avec la conversion des indigènes à l’islamisme (?) ; ou plutôt avec cette recrudescence de prédication et d’ardeur maraboutique qui s’est produite au XVe siècle à la suite des victoires espagnoles.