«Ut canis a corio nunquam absterrebitur uncto[55]»,
ainsi ne laissera-t-il jamais aller sa partie.
Ingéniosité.—Notre filou est ingénieux. Il a la bosse de la constructivité. Il saisit bien un plan. Il sait inventer et circonvenir. Si Alexandre n'avait pas été Alexandre, il eût voulu être Diogène. S'il n'était pas un filou, il serait fabricant de souricières brevetées, ou pêcheur de truites à la ligne.
Audace.—Notre filou est audacieux. C'est un homme hardi. Il porte la guerre en pleine Afrique. Il emporte tout d'assaut. Il ne craindrait pas les poignards de Frei-Herren. Avec, un peu plus de prudence, Dick Turpin aurait fait un excellent filou; Daniel O'Connel, avec un peu moins de blague; et Charles XII, avec une livre ou deux de cervelle de plus dans la tête.
Nonchalance.—Notre filou est nonchalant. Il n'est pas du tout nerveux. Il n'a jamais eu de nerfs. Il ne sait pas ce que c'est que l'émoi. On peut le mettre hors de la maison par la porte, mais non hors de lui-même. Il est froid—froid comme un concombre. Il est calme—«calme comme un sourire de Lady Bury». Il est souple—souple comme un vieux gant, ou les demoiselles de l'ancienne Baïes.
Originalité.—Notre filou est original—consciencieusement original. Ses pensées sont bien à lui. Il dédaignerait d'employer celles d'un autre. Il a en aversion les trucs éventés. Il rendrait plutôt une bourse, j'en suis sûr, s'il découvrait qu'il la doit à une filouterie qui ne soit pas originale.
Impertinence.—Notre filou est impertinent. Il fait le crâne. Il met les poings sur les rognons. Il fourre ses mains dans les poches de son pantalon. Il ricane à votre barbe. Il marche sur vos cors. Il mange votre dîner, il boit votre vin, il vous emprunte votre argent, il vous tire le nez, il donne des coups de pied à votre chienne, et il embrasse vôtre femme.
Grimace.—Le vrai filou termine toutes ses opérations par une grimace. Mais personne ne la voit que lui. Il grimace, lorsque sa tâche du jour est remplie—quand ses divers travaux sont accomplis—le soir dans sa chambre, et uniquement pour son amusement particulier. Il arrive chez lui. Il ferme sa porte. Il se déshabille. Il éteint sa chandelle. Il se met au lit. Il étend sa tête sur l'oreiller. Après quoi, notre filou fait sa grimace. Ce n'est pas une hypothèse. Rien de plus naturel. Je raisonne à priori, et dis qu'un filou ne serait pas un filou sans sa grimace.
On peut faire remonter l'origine de la filouterie à l'enfance de la race humaine. Adam fut peut-être le premier filou. En tout cas, nous pouvons suivre les traces de cette science jusqu'à une très haute antiquité. Il est vrai que les modernes l'ont amenée à un degré de perfection que n'auraient jamais rêvée les têtes dures de nos ancêtres. Sans m'arrêter à parler des «vieilles scies», je me contenterai de présenter un résumé de quelques-uns «des cas les plus modernes.»
Voici une excellente filouterie. Une maîtresse de maison a besoin d'un sofa. Elle va visiter plusieurs magasins de meubles. Elle arrive enfin dans un magasin bien assorti. A la porte, un individu poli et ayant la langue bien pendue l'accoste et l'invite à entrer. Elle trouve un sofa qui fait parfaitement son affaire; elle en demande le prix, et se trouve surprise et enchantée à la fois d'entendre articuler une somme de vingt pour cent au moins au dessous de son attente. Elle se hâte de conclure le marché, prend une facture et un reçu, laisse son adresse, en priant d'envoyer l'article à la maison le plus tôt possible, et se retire pendant que le marchand se confond en révérences et en salutations. La nuit vient, et point de sofa. Le jour suivant se passe, et toujours rien. Un domestique va s'enquérir des causes de ce retard. On n'a connaissance d'aucun marché. Il n'y a point eu de sofa de vendu, point d'argent de reçu—excepté par le filou, qui a fort bien joué le rôle du marchand.