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L'article le plus contesté dans cette facture fut l'article bien modéré des deux pennies pour le col en papier. Ma parole d'honneur, ce n'était pas un prix déraisonnable. C'était un des plus propres, des plus jolis petits cols que j'aie jamais vus; et j'avais d'excellentes raisons de croire qu'il allait faire vendre trois Petershams. L'aîné des associés, cependant, ne voulut m'accorder qu'un penny, et alla jusqu'à démontrer de quelle manière on pouvait tailler quatre cols de la même dimension dans une feuille de papier ministre. Inutile de dire que je maintins la chose en principe. Les affaires sont les affaires, et doivent se faire à la façon des affaires. Il n'y avait aucune espèce de système, aucune méthode à m'escroquer un penny—un pur vol de cinquante pour cent. Je quittai sur-le-champ le service de MM. Coupe et Revenez-Demain, et je me lançai pour mon propre compte dans l'Offusque l'oeil—une des plus lucratives, des plus respectables, et des plus indépendantes des occupations ordinaires.

Ici ma stricte intégrité, mon économie, mes rigoureuses habitudes sytématiques en affaires furent de nouveau en jeu. Je me trouvai bientôt faisant un commerce florissant, et devins un homme qui comptait sur la Place. La vérité est que je ne barbotais jamais dans des affaires d'éclat, mais j'allais tout doucement mon petit train dans la bonne vieille routine sage de la profession—profession, dans laquelle, sans doute, je serais encore à l'heure qu'il est sans un petit accident qui me survint dans une des opérations d'affaires ordinaires au métier.

Un riche et vieux harpagon, un héritier prodigue, une corporation en faillite se mettent-ils dans la tête d'élever un palais, il n'y a pas de meilleure affaire que d'arrêter l'entreprise; c'est ce que sait tout homme intelligent. Le procédé en question est la base fondamentale du commerce de l'Offusque-l'oeil. Aussitôt donc que le projet de bâtisse est en pleine voie d'exécution, nous autres hommes d'affaires, nous nous assurons un joli petit coin du terrain réservé, ou un excellent petit emplacement attenant à ce terrain, ou directement en face. Cela fait, nous attendons que le palais soit à moitié bâti, et nous payons un architecte de bon goût, pour nous bâtir à la vapeur, juste contre ce palais, une baraque ornementée,—une pagode orientale ou hollandaise, ou une étable à cochons, ou quelque ingénieux petit morceau d'architecture fantastique dans le goût Esquimaux, Rickapoo, ou Hottentot. Naturellement, nous ne pouvons consentir à faire disparaître ces constructions à moins d'un boni de cinq cents pour cent sur le prix d'achat et de plâtre. Le pouvons-nous? Je pose la question. Je la pose aux hommes d'affaires. Il serait absurde de supposer que nous le pouvons. Et cependant il se trouva une corporation assez scélérate pour me demander de le faire—de commettre une pareille énormité. Je ne répondis pas à son absurde proposition, naturellement; mais je crus qu'il était de mon devoir d'aller la nuit suivante couvrir le susdit palais de noir de fumée. Pour cela, ces stupides coquins me firent fourrer en prison; et ces Messieurs de l'Offusque-l'oeil ne purent s'empêcher de rompre avec moi, quand je fus rendu à la liberté.

Les affaires d'Assauts et Coups, dans lesquelles je fus alors forcé de m'aventurer pour vivre, étaient assez mal adaptées à la nature délicate de ma constitution; mais je m'y employai de grand coeur, et y trouvai mon compte, comme ailleurs, grâce aux rigides habitudes d'exactitude méthodique qui m'avaient été si rudement inculquées par cette délicieuse vieille nourrice—que je ne pourrais oublier sans être le dernier des hommes. En observant, dis-je, la plus stricte méthode dans toutes mes opérations, et en tenant bien régulièrement mes livres, je pus venir à bout des plus sérieuses difficultés, et finis par m'établir tout à fait convenablement dans la profession. Il est de fait que peu d'individus ont su, dans quelque profession que ce soit, faire de petites affaires plus serrées que moi. Je vais précisément copier une page de mon Livre-Journal; ce qui m'épargnera la peine de trompeter mon propre éloge—pratique méprisable, dont un esprit élevé ne saurait se rendre coupable. Et puis, le Livre-Journal est une chose qui ne sait pas mentir.

1 janvier. Jour du nouvel an. Rencontré Brusque dans la rue—gris. Mémorandum:—il fera l'affaire. Rencontré Bourru peu de temps après, soûl comme un âne. Mem: Excellente affaire. Couché mes deux hommes sur mon grand livre, et ouvert un compte avec chacun d'eux.

2 janvier.—Vu Brusque à la Bourse, l'ai rejoint et lui ai marché sur l'orteil. Il est tombé sur moi à coups de poing et m'a terrassé. Merci, mon Dieu!—Je me suis relevé. Quelque petite difficulté pour m'entendre avec Sac, mon attorney. Je faisais monter les dommages et intérêts à mille; mais il dit que pour une simple bousculade, nous ne pouvons pas exiger plus de cinq cents. Mem: Il faudra se débarrasser de Sac:—pas le moindre système.

3 janvier.—Allé au théâtre, pour m'occuper de Bourru. Je l'ai vu assis dans une loge de côté au second rang, entre une grosse dame et une maigre. Lorgné toute la société jusqu'à ce que j'aie vu la grosse dame rougir et murmurer quelque chose à l'oreille de B. Je tournai alors autour de la loge, et y entrai, le nez à la portée de sa main. Allait-il me le tirer?—Non: me souffleter? J'essayai encore—pas davantage. Alors je m'assis, et fis de l'oeil à la dame maigre, et à ma grande satisfaction, le voilà qui m'empoigne par la nuque et me lance au beau milieu du parterre. Cou disloqué, et jambe droite gravement endommagée. Rentré triomphant à la maison, bu une bouteille de champagne, et inscrit mon jeune homme pour cinq mille.—Sac dit que cela peut aller.

15 février.—Fait un compromis avec M. Brusque. Somme entrée dans le journal: cinquante centimes—voir.

16 février.—Chassé par ce vilain drôle de Bourru, qui m'a fait présent de cinq dollars. Coût du procès: quatre dollars, 25 centimes. Profit net—voir Journal—soixante-cinq centimes.