«Or, la phrase, comme je l'ai écrite, et comme je la trouve imprimée à cette même page invoquée par le critique, et qu'il devait avoir sous les yeux, pendant qu'il citait mes paroles, se présente ainsi: «Relativement à cette Divinité, considérée en elle-même, celui-là seul n'est pas un imbécile, etc., qui n'affirme absolument rien.» Par l'emploi des italiques, comme le critique le sait parfaitement, j'ai l'intention de distinguer les deux possibilités,—celle d'une connaissance de Dieu par ses ouvrages et celle d'une connaissance de Dieu dans sa nature essentielle. La Divinité, en elle-même, est distinguée de la Divinité observée dans ses effets. Mais notre critique est possédé de zèle. De plus, comme il est théologien, il est honnête, candide. Il est de son devoir de pervertir le sens de ma phrase, en omettant mes italiques,—juste comme dans la phrase citée plus haut il considérait comme étant son devoir de chrétien de falsifier mon argument en supprimant le mot: partiellement, dont dépend toute la force et même toute l'intelligibilité de ma proposition.

«Si ces altérations(est-ce bien le mot dont il faut les nommer?) étaient faites dans un but moins sérieux que de flétrir mon livre comme impie, et de me flétrir moi-même comme panthéiste, polythéiste, païen, ou Dieu sait quoi encore (et, en vérité, je ne m'en inquiète guère, pourvu que ce ne soit pas comme étudiant en théologie), j'aurais laissé passer cette déloyauté sans réclamations, par pur mépris pour la puérilité et la janoterie qui la caractérisent; mais, dans le cas actuel, vous me pardonnerez, M. l'éditeur, d'avoir, contraint comme je l'étais, fait justice d'un critique qui, retranché dans sa courageuse anonymosité, profite de mon absence de cette ville pour me calomnier et me vilipender nominativement.

«Edgar A. Poe.

«Fordham, 20 septembre 1848.»


A ceux-là, si rares, qui m'aiment et que j'aime;à ceux qui sentent plutôt qu'à ceux qui pensent;—aux rêveurs et à ceux qui ont mis leur foi dans les rêves comme dans les seules réalités,—j'offre ce Livre de Vérités, non pas spécialement pour son caractère Véridique, mais à cause de la Beauté qui abonde dans sa Vérité, et qui confirme son caractère véridique. A ceux-là je présente cette composition simplement comme un objet d'Art,—disons comme un Roman, ou, si ma prétention n'est pas jugée trop haute, comme un Poëme.

Ce que j'avance ici est vrai;—donc cela ne peut pas mourir;—ou, si par quelque accident cela se trouve, aujourd'hui, écrasé au point d'en mourir, cela ressuscitera dans la Vie Éternelle.

Néanmoins c'est simplement comme Poëme que je désire que cet ouvrage soit jugé, alors que je ne serai plus.

E. P.