On me suggéra alors d'essayer d'influencer le bras du patient, comme par le passé. J'essayai, je ne pus. Le docteur F... exprima le désir que je lui adressasse une question. Je le fis de la manière suivante:
—Monsieur Valdemar, pouvez-vous nous expliquer quels sont maintenant vos sensations ou vos désirs?
Il y eut un retour immédiat des cercles hectiques sur les joues; la langue trembla ou plutôt roula violemment dans la bouche (quoique les mâchoires et les lèvres demeurassent toujours immobiles), et à la longue la même horrible voix que j'ai décrite fit éruption:
—Pour l'amour de Dieu!—vite!—vite!—faites-moi dormir,—ou bien, vite! éveillez-moi!—vite! Je vous dis que je suis mort!
J'étais totalement énervé, et pendant une minute, je restai indécis sur ce que j'avais à faire. Je fis d'abord un effort pour calmer le patient; mais, cette totale vacance de ma volonté ne me permettant pas d'y réussir, je fis l'inverse et m'efforçai aussi vivement que possible de le réveiller. Je vis bientôt que cette tentative aurait un plein succès,—ou du moins je me figurai bientôt que mon succès serait complet,—et je suis sûr que chacun dans la chambre s'attendait au réveil du somnambule.
Quant à ce qui arriva en réalité, aucun être humain n'aurait jamais pu s'y attendre: c'est au delà de toute possibilité.
Comme je faisais rapidement les passes magnétiques à travers les cris de «Mort! Mort!» qui faisaient littéralement explosion sur la langue et non sur les lèvres du sujet,—tout son corps,—d'un seul coup,—dans l'espace d'une minute, et même moins,—se déroba,—s'émietta,—se pourrit absolument sous mes mains. Sur le lit, devant tous les témoins, gisait une masse dégoûtante et quasi liquide,—une abominable putréfaction.
[RÉVÉLATION MAGNÉTIQUE]
Bien que les ténèbres du doute enveloppent encore toute la théorie positive du magnétisme, ses foudroyants effets sont maintenant presque universellement admis. Ceux qui doutent de ces effets sont de purs douteurs de profession, une impuissante et peu honorable caste. Ce serait absolument perdre son temps aujourd'hui que de s'amuser à prouver que l'homme, par un pur exercice de sa volonté, peut impressionner suffisamment son semblable pour le jeter dans une condition anormale, dont les phénomènes ressemblent littéralement à ceux de la mort, ou du moins leur ressemblent plus qu'aucun des phénomènes produits dans une condition normale connue; que, tout le temps que dure cet état, la personne ainsi influencée n'emploie qu'avec effort, et conséquemment avec peu d'aptitude, les organes extérieurs des sens, et que néanmoins elle perçoit, avec une perspicacité singulièrement subtile et par un canal mystérieux, des objets situés au delà de la portée des organes physiques; que de plus, ses facultés intellectuelles s'exaltent et se fortifient d'une manière prodigieuse; que ses sympathies avec la personne qui agit sur elle sont profondes; et que finalement sa susceptibilité des impressions magnétiques, croît en proportion de leur fréquence, en même temps que les phénomènes particuliers obtenus s'étendent et se prononcent davantage et dans la même proportion. Je dis qu'il serait superflu de démontrer ces faits divers, où est contenue la loi générale du magnétisme, et qui en sont les traits principaux.