—C'est un premier-né du troupeau,—dit Abel-Phittim,—je le reconnais au bêlement de ses lèvres et à la courbure enfantine de ses membres. Ses yeux sont plus beaux que les joyaux du Pectoral, et sa chair est semblable au miel d'Hébron.

—C'est un veau engraissé dans les pâturages de Bashan,—dit le Pharisien;—les païens se sont conduits admirablement avec nous! Élevons nos voix en un psaume! Rendons grâces avec la trompette et le psaltérion! avec la harpe et le buccin! avec le sistre et la saquebute!»

Ce fut seulement quand le panier fut arrivé à quelques pieds des Gizbarim, qu'un sourd grognement trahit à leurs sens un cochon de proportions peu communes.

«Pour lors, El Emanu!» s'écria le trio lentement et les yeux levés au ciel.

Et, comme ils lâchèrent prise, le porc, abandonné à lui-même, dégringola précipitamment au milieu des Philistins.

«El Emanu! que Dieu soit avec nous! C'est de la chair innommable!»

[1] Il y a là un calembour indiqué par le mot bore, qui, souligné dans le texte anglais, sert à insinuer boar, un cochon.—C. B.


[L'ANGE DU BIZARRE]