—Il y a une quantité prodigieuse d'imposants palais.
—En effet.
—Et les temples nombreux, somptueux, magnifiques, peuvent soutenir la comparaison avec les plus célèbres de l'antiquité.
—Je dois reconnaître tout cela. Cependant il y a une infinité de huttes de bousillage et d'abominables baraques. Il nous faut bien constater une merveilleuse abondance d'ordures dans tous les ruisseaux; et, n'était la toute-puissante fumée de l'encens idolâtre, à coup sûr nous trouverions une intolérable puanteur. Vîtes-vous jamais des rues si insupportablement étroites, ou des maisons si miraculeusement hautes? Quelle noirceur leurs ombres jettent sur le sol! Il est heureux que les lampes suspendues dans ces interminables colonnades restent allumées toute la journée; autrement nous aurions ici les ténèbres de l'Égypte au temps de sa désolation.
—C'est certainement un étrange lieu! Que signifie ce singulier bâtiment, là-bas? Regardez! il domine tous les autres et s'étend au loin à l'est de celui que je crois être le palais du roi!
—C'est le nouveau Temple du Soleil, qui est adoré en Syrie sous le nom d'Elah Gabalah. Plus tard, un très-fameux empereur romain instituera ce culte dans Rome et en tirera son surnom, Heliogabalus. J'ose vous affirmer que la vue de la divinité de ce temple vous plairait fort. Vous n'avez pas besoin de regarder au ciel; sa majesté le Soleil n'est pas là,—du moins le Soleil adoré par les Syriens. Cette déité se trouve dans l'intérieur du bâtiment situé là-bas. Elle est adorée sous la forme d'un large pilier de pierre, dont le sommet se termine en un cône ou pyramide, par quoi est signifié le pyr, le Feu.
—Écoutez!—regardez!—Quels peuvent être ces ridicules êtres, à moitié nus, à faces peintes, qui s'adressent à la canaille avec force gestes et vociférations?
—Quelques-uns, en petit nombre, sont des saltimbanques; d'autres appartiennent plus particulièrement à la race des philosophes. La plupart, toutefois,—spécialement ceux qui travaillent la populace à coups de bâton,—sont les principaux courtisans du palais, qui exécutent, comme c'est leur devoir, quelque excellente drôlerie de l'invention du Roi.
—Mais voilà du nouveau! Ciel! la ville fourmille de bêtes féroces! Quel terrible spectacle!—quelle dangereuse singularité!
—Terrible, si vous voulez, mais pas le moins du monde dangereuse. Chaque animal, si vous voulez vous donner la peine d'observer, marche tranquillement derrière son maître. Quelques-uns, sans doute, sont menés avec une corde autour du cou, mais ce sont principalement les espèces plus petites ou plus timides. Le lion, le tigre et le léopard sont entièrement libres. Ils ont été formés à leur présente profession sans aucune difficulté, et suivent leurs propriétaires respectifs en manière de valets de chambre. Il est vrai qu'il y a des cas où la Nature revendique son empire usurpé;—mais un héraut d'armes dévoré, un taureau sacré étranglé, sont des circonstances beaucoup trop vulgaires pour faire sensation dans Épidaphné.