—Vous connaissiez donc déjà la comtesse?

Le visage du jeune homme se colora à nouveau.

—Je la voyais chez son mari. Je connais le comte Olenski depuis plusieurs années. Vous comprenez qu'il n'aurait pu charger un étranger d'une pareille mission.

—Et de quel genre est ce changement que vous avez constaté?

—Cela est difficile à expliquer... Après tout, ce n'est peut-être pas elle qui a changé, c'est moi qui me suis rendu compte pour la première fois, en la voyant dans son pays, qu'elle est une Américaine, et que certaines choses acceptées dans d'autres, sociétés, ou au moins tolérées, pour une Américaine de son espèce sont impossibles. Si les parents de Mme Olenska connaissaient mieux le milieu où il s'agit pour elle de rentrer, ils la soutiendraient dans son refus; mais ils ont l'air de prendre la démarche du comte pour un élan de tendresse conjugale...

Pendant quelques secondes, Archer ne se sentit pas assez maître de lui pour prononcer une parole. Il entendit M. Rivière reculer sa chaise, comprit que celui-ci s'était levé, et, ayant tourné les yeux vers lui, il le vit aussi ému qu'il l'était lui-même.

—Merci, dit-il, simplement.

—Vous n'avez pas à me remercier, monsieur, c'est moi qui... plutôt...

M. Rivière s'arrêta comme s'il éprouvait, lui aussi, une difficulté à parler. Puis il continua d'une voix plus ferme:

—Je voudrais cependant ajouter une chose, vous m'avez demandé si j'étais au service du comte Olenski. Je suis revenu chez lui, il y a quelques mois, en raison de difficultés personnelles comme il s'en présente quand on a la charge de parents malades ou âgés; mais, depuis que j'ai fait la démarche de venir vous voir pour vous faire certaines confidences, je considère que je ne puis continuer mes fonctions auprès du comte. Je le lui dirai en arrivant.