Archer était parti de bonne heure pour son bureau, où il avait été retenu. De l'autre côté de la table couverte d'œillets de Skuytercliff et d'argenterie massive, May lui sembla pâle et languissante. Mais ses yeux brillaient, et elle parlait avec une vivacité factice.
Le sujet qui avait provoqué le souvenir des Tuileries cher à Mr Sillerton Jackson avait été soulevé (non sans intention, pensa Archer) par Mrs van der Luyden. La faillite, ou plutôt l'attitude de Beaufort depuis la faillite, était un thème fructueux pour le moraliste de salon. Après avoir analysé et condamné cette attitude, Mrs van der Luyden tourna son regard hésitant vers May Archer.
—Est-il possible, ma chère, que ce qu'on m'a dit soit vrai? On prétend que la voiture de votre grand'mère Mingott a été vue devant la porte de Mrs Beaufort. Déjà Mrs van der Luyden n'appelait plus par son nom de baptême la complice du scandale.
May rougit.
—Je crains, dit Mr van der Luyden, que le bon cœur de Mme Olenska ne l'ait entraînée à commettre l'imprudence d'aller chez Mrs Beaufort.
—Ou son goût pour les gens tarés, ajouta sèchement Mrs Archer.
—Aux Tuileries, reprit Mr Sillerton (et tous les regards attentifs se tournèrent vers lui), les principes étaient souvent des plus élastiques. Si vous demandiez d'où venait la fortune de Morny, ou qui payait les dettes de certaines beautés de la cour...
—Vous ne prétendez pas, j'espère, mon cher Sillerton, que nous prenions exemple! dit Mrs Archer.
—Je ne prétends rien, répliqua Mr Jackson. Mais l'éducation étrangère qu'a reçue Mme Olenska peut l'avoir rendue moins scrupuleuse.
—En effet! soupirèrent les deux dames d'âge.