Archer se disait en tremblant que deux fois il l'avait appelée «Ellen» et qu'elle ne l'avait pas remarqué. Bien loin, comme par le petit bout de la lorgnette, il aperçut la blanche image, estompée, de May Welland, à New-York.

Tout à coup, Nastasia passa la tête, dit quelques mots à voix basse. Mme Olenska, la main encore dans ses cheveux, poussa une exclamation, un vif «già! già!» et le duc de St-Austrey entra, pilotant une grosse dame, coiffée d'une perruque noire surmontée de plumes rouges: d'abondantes fourrures l'emmitouflaient.

—Ma chère comtesse, je vous ai amené une de mes vieilles amies, Mrs Struthers. On ne l'avait pas invitée à la soirée d'hier, et elle désire vous connaître.

Mme Olenska s'avança, avec des paroles de bienvenue, vers le singulier couple. Elle ne sembla pas trouver insolite la liberté que prenait le duc en lui amenant ainsi une étrangère. Le duc lui-même semblait trouver cela parfaitement naturel.

—J'ai tant désiré faire votre connaissance, ma chère! s'écria Mrs Struthers, d'une voix sonore qui s'accordait avec ses plumes éclatantes et avec sa perruque aux reflets métalliques.

Je veux connaître tous ceux qui sont jeunes, intéressants et charmants. Le duc me dit que vous aimez la musique. N'est-ce pas, mon cher duc? Vous êtes pianiste, vous-même, je crois. Alors voulez-vous venir demain entendre Joachim? Je reçois tous les dimanches. C'est le jour où New-York ne sait que faire; alors je lui dis: «Venez, amusez-vous!» Le duc a pensé que vous seriez attirée par Joachim. Vous retrouverez beaucoup d'amis.

Le visage de Mme Olenska s'illumina de plaisir.

—Comme c'est aimable! Comme le duc est bon d'avoir pensé à moi! Je serai trop heureuse de venir.

Elle avança un fauteuil près de la table à thé et Mrs Struthers s'y installa béatement.

—Voilà qui est convenu, ma chère; et amenez ce jeune homme avec vous.