—Ah!

La figure du champion s'assombrit.

—Ça n'a pas duré longtemps. J'ai entendu dire que, quelques mois plus tard, elle vivait seule à Venise, où j'imagine que Lovell Mingott est allé la chercher. La famille prétend qu'elle était horriblement malheureuse. C'est possible, mais tout de même je ne vois pas la nécessité de la faire parader à l'Opéra.

—Peut-être, hasarda le tout jeune homme, est-elle trop malheureuse pour qu'on la laisse seule à la maison?

Il y eut un nouveau rire, et le jeune homme rougit violemment et fit semblant d'avoir voulu risquer une insinuation malveillante.

—Eh bien! c'est trouvé d'avoir amené Miss Welland le même soir, dit quelqu'un à demi-voix, en jetant un regard de côté sur Newland Archer.

—Oh! cela fait partie du plan de campagne; les ordres de la grand'mère, sûrement, répondit Lafferts en riant. Quand la vieille dame a un but à atteindre, elle n'y va pas par quatre chemins.

L'acte finissait, et il y eut un remue-ménage général dans la loge. Tout à coup, Newland Archer se sentit amené à une action décisive. Son désir d'être le premier à entrer dans la loge de Mrs Welland, de proclamer publiquement ses fiançailles avec May, et de la soutenir au milieu des difficultés, quelles qu'elles fussent, où la situation compromise de sa cousine pouvait la jeter, mit fin d'un seul coup à ses scrupules et à ses hésitations. Il se leva, et par le corridor circulaire gagna l'autre côté de la salle.

En entrant dans la loge de Mrs Mingott, il rencontra le regard de Miss Welland, et vit qu'elle avait immédiatement deviné pourquoi il était venu. La réserve que tous deux considéraient comme une si haute vertu ne permit pas à la jeune fille de formuler sa pensée; mais le fait même qu'ils se comprenaient sans mot dire, elle et Archer, les rapprocha plus qu'aucune explication n'aurait pu le faire. Le jeune homme lisait dans ses yeux clairs: «Vous voyez pourquoi maman m'a amenée ce soir,» et elle devinait dans les siens la réponse: «Pour rien au monde, je n'aurais voulu que vous ne fussiez pas venue.»

—Je crois que vous connaissez ma nièce, la comtesse Olenska, dit Mrs Welland, en serrant la main de son futur gendre.