—Racontez-moi ce que vous faites toute la journée, demanda-t-il, croisant ses bras derrière sa tête et rabattant son chapeau sur ses yeux pour les garantir du soleil.

En la faisant parler des choses simples et familières, il allait pouvoir suivre ses propres pensées. Il écouta la simple chronique: baignades, promenades à voile, courses à cheval, réunions dansantes organisées au petit hôtel en l'honneur d'un bateau de guerre. Il y avait quelques personnes agréables de Philadelphie et de Baltimore de passage à l'hôtel et aussi les Selfridge Merry, venus à cause de la bronchite de Kate Merry. On voulait faire un tennis sur le sable; mais Kate et May seules avaient des raquettes, et presque personne ne savait le jeu. Très occupée, May avait à peine eu le temps d'ouvrir un petit livre que Newland lui avait envoyé la semaine précédente: Sonnets from the Portuguese; mais elle apprenait par cœur le Last Ride de Browning, parce que c'était une des premières poésies que son fiancé lui avait lues. Elle lui dit en souriant que Kate Merry n'avait jamais entendu parler de Browning.

Tout à coup elle se leva:

—On va nous attendre pour le déjeuner!

Ils se hâtèrent de rentrer.

Les Welland campaient, pour l'hiver, dans une petite maison délabrée. Une haie de géraniums et de plumbagos entourait la propriété. Mr Welland s'effarait du manque de confort à l'hôtel, et, à prix d'or, Mrs Welland se voyait obligée, d'année en année, d'improviser une installation, amenant de New-York des domestiques récalcitrants qu'aidaient les nègres de la localité.

—Les médecins exigent que mon mari soit absolument chez lui, autrement il serait si malheureux que le climat ne lui ferait aucun bien, expliquait-elle chaque hiver.

Mr Welland, en toute sérénité, devant sa table chargée des friandises les plus variées, disait à Archer:

—Vous voyez, mon cher ami, nous campons... nous campons! Je dis à ma femme et à May qu'il faut s'accommoder de tout...

Mr et Mrs Welland avaient été surpris de l'arrivée de leur futur gendre; mais celui-ci eut la bonne inspiration de parler d'un mauvais rhume, ce qui sembla à Mr Welland une raison plus que suffisante pour abandonner tout travail.