Le cœur d'Ethan sursauta dans sa poitrine.
De l'endroit qu'il occupait, il ne pouvait voir ceux qui sortaient de la salle avant qu'ils eussent un peu dépassé le tambour de la porte. Il entendit répondre une voix claire:
— Eh! non, pas par une nuit pareille!...
Mattie était donc là, tout à côté de lui: une planche mince les séparait. Dans un instant elle allait paraître, elle aussi, et les yeux de Frome, accoutumés à l'obscurité, la discerneraient entre toutes, aussi aisément qu'en plein jour. Un mouvement de timidité le fit reculer, encore, dans l'ombre. Il demeura là en silence, invisible.
Il était lui-même tout surpris de cette gêne subite. Généralement, au contraire, bien qu'elle fût la plus vive, la plus fine, la plus «en dehors», elle lui avait communiqué un peu de son naturel et de son aisance. Mais ce soir il se sentait aussi gauche, aussi emprunté qu'au temps de ses études, lorsqu'il hasardait quelques plaisanteries timides avec les jeunes filles de Worcester, au bal.
Il hésita; Mattie sortit seule, puis s'arrêta à quelques pas de lui. Elle avait été à peu près la dernière à quitter la salle. Elle regardait autour d'elle avec inquiétude, étonnée qu'Ethan ne se montrât pas. Un homme se rapprocha d'elle, si près que sous leurs manteaux informes le groupe ne faisait plus qu'une lourde et noire silhouette.
— Est-ce que monsieur votre ami est parti sans vous? Dites, Mattie, ce serait un peu fort... Mais soyez tranquille, je ne le dirai pas à vos petites camarades: je ne suis pas assez méchant pour cela... Et puis, tenez, j'ai eu la bonne idée d'amener le cutter[2] de mon vieux: il nous attend.
Frome était exaspéré par ce ton goguenard, mais la voix de la jeune fille répondit, incrédule et gaie:
— Bonté du ciel! qu'est-ce que vient faire ici le cutter de votre père?
— Mais il m'attend pour faire un tour. J'ai sorti le poulain rouan. Je me doutais bien que nous aurions à nous promener ce soir, — fit Eady, essayant de mettre une note sentimentale dans sa voix de jeune coq.