— Ça ne m'a jamais fait grand bien, mais il vaut tout de même mieux vider le flacon, — remarqua-t-elle.

Et, poussant devant Mattie le récipient vide, elle ajouta:

— Si vous pouvez faire disparaître le goût, on s'en servira pour les pickles.

IV

Dès que Zeena fut partie, Ethan prit à la patère son chapeau et son manteau. Mattie lavait la vaisselle, tout en fredonnant un air de danse de la nuit précédente.

— Au revoir, Mattie, — dit-il.

Gaiement, elle répliqua:

— Au revoir, Ethan...

Un bon soleil chaud éclairait la cuisine. La lumière tombait de biais sur les mouvements de la jeune fille, sur le chat qui sommeillait près du poêle, et sur les géraniums en pots qu'Ethan avait plantés l'été précédent, pour «faire un jardin» à Mattie et qu'on avait rentrés l'hiver... Ethan aurait voulu rester là à regarder Mattie, tandis qu'elle terminait ses rangements et qu'elle s'installait à coudre près du feu. Mais il tenait davantage encore à charrier le bois afin de pouvoir rentrer à la ferme avant la nuit.

Jusqu'au village il continua de penser au retour. La cuisine n'était pas bien belle. Elle était plus «pimpante», mieux tenue, sans doute, aux jours de son enfance, quand sa mère s'en occupait; mais lui-même s'étonnait de l'air confortable que l'absence de Zeena lui avait donné. Il se représentait l'aspect de la pièce, ce soir, lorsque Mattie et lui s'y trouveraient réunis après le souper... Pour la première fois, seuls, et toutes portes closes, ils s'installeraient de chaque côté du poêle, comme un vieux ménage. Ethan aurait la pipe à la bouche, les pieds en chaussettes tournés vers le feu, et Mattie rirait, bavarderait de ce babil si doux aux oreilles du jeune homme, qu'il croyait toujours l'entendre pour la première fois.