«Il y a mieux: j'espère que la pièce se relèvera d'elle-même après avoir lassé la cabale, et je ne la tiens pas pour morte.»
Ainsi parlait, ami lecteur, un dramaturge sifflé hier au soir.
Il prétend que sa pièce n'est pas morte; je lui ris au nez, et je répète ce mot d'un sergent qui ramassait les morts sur un champ de bataille:
—Si on les écoutait, ils diraient tous qu'ils ne sont que blessés!
Les jeunes amis de la liberté se firent un devoir de lacérer ou de souiller cet article dans tous les cafés de Paris. Cela se passait en 1862, je tiens à préciser la date, car personne n'y voudra croire dans dix ans. Les héros de cet exploit n'y croiront pas eux-mêmes, lorsqu'ils seront médecins, avocats ou substituts en province. Que serait-ce donc, si l'on disait qu'ils sont venus par centaines, au milieu de la nuit, hurler sous les fenêtres d'une femme âgée et mourante? Ils jureraient qu'on les calomnie, et qu'ils n'ont jamais été bêtes et cruels à ce point-là. Le fait est qu'ils étaient menés, et cela suffit.
Quelques jours après ces orages, M. le docteur Véron sortit du Constitutionnel; j'eus peur d'y être moins libre sans lui, et je donnai ma démission.
FIN