«Castelfidardo ne rappellerait qu'une défection, si une poignée de jeunes Français n'avait pas soutenu avec un noble courage son choc inégal.» Je dirais: «M. de la Guéronnière est conseiller d'État. Or, il est évident que les conseillers d'État ont le droit de faire et d'interpréter les lois; or, les combattants de Castelfidardo sont désignés ici sous le nom de jeunes Français: donc, ils n'ont point perdu la qualité de Français, et l'article 21 du Code civil ne saurait les atteindre.»

Enfin, si j'avais fait mon droit, je dirais peut-être avec M. Janicot, jurisconsulte de la Gazette de France:

«L'article 21 enlève la qualité de Français à ceux qui s'affilient à une corporation militaire étrangère. Cela s'applique aux volontaires de Garibaldi.»

Mais je ne suis qu'un ignorant. Le sens commun m'indique que le mot corporation n'a pas le même sens que bande armée. M. l'avocat général Nouguier, lorsqu'il requérait contre le général Clouet, ne s'avisa jamais de dire qu'il était affilié à une corporation en servant dans les bandes de don Carlos. Je sens, je sais, je comprends que corporation militaire signifie un ordre militaire reconnu diplomatiquement dans le droit international. Et, comme les ignorants n'ont rien de mieux à faire que de consulter les auteurs spéciaux, je vais chercher le Commentaire de Dalloz, no 572, Droits civils, et je lis:

«Par corporation militaire, on entend un ordre militaire, tel que l'ordre de Malte ou l'ordre Teutonique.»

Un savant comme M. Janicot ne craint pas de dire que Napoléon III, ayant perdu la qualité de Français, «ne pouvait être élu légalement en 1848.» Mais un bon jeune homme, «qui n'est pas fort dans l'interprétation des lois,» répondra sans peine à M. Janicot:

Aux termes de l'article 21, le souverain peut rendre la qualité de Français à ceux qui l'ont perdue. Or, quel était le souverain de la France en 1848? Le peuple. En nommant Louis-Napoléon président de la République, il lui a rendu pour le moins la qualité de Français. Y a-t-il un acte de souveraineté plus incontestablement légitime que ce décret de la nation, rendu par le suffrage universel?

Après le point de droit, on pourrait discuter le point de fait, et reprocher à M. Janicot les coups de pied qu'il donne à l'histoire. L'histoire est une majesté inviolable qui devrait être à l'abri de tous les coups de pied, sans excepter les coups de pied du lion.

M. Janicot affirme que le gouvernement français n'a pas interdit les enrôlements dans l'armée du pape. Il sait pourtant que la police a arrêté et emprisonné à Lyon les embaucheurs de l'armée pontificale. Les volontaires ne partaient pas en troupes, mais isolément. Le gouvernement aurait dû leur rappeler l'article 21; il ne l'a pas fait et je le regrette. Mais personne n'a le droit d'arrêter M. le marquis de X… ou M. le vicomte de Z… lorsqu'ils demandent un passe-port pour l'Italie.

Au dire de M. Janicot, «les garibaldiens ont reçu la solde de Victor-Emmanuel, des congés en règle délivrés par les agents officiels de Victor-Emmanuel.» Nous savons tous le contraire. Tite Live, qui fut un historien romain, comme M. Janicot, et qui avança plus d'une fois des assertions inexactes, comme M. Janicot, avait du moins la délicatesse de dire: «Si ce fait paraît invraisemblable à quelques lecteurs, je répondrai que l'univers, ayant subi la domination de Rome, doit également se soumettre à son histoire.» Nous prendrons les assertions de M. Janicot pour paroles d'Évangile quand nous aurons pris le comte de Chambord pour roi de France. Attendez que tous les Français soient morts, ô mon bon monsieur Janicot!