Le pauvre Eugène Guinot se mit un jour quatorze affaires sur les bras, pour avoir raconté qu'un monsieur X… avait trouvé un monsieur Z… dans l'armoire de sa femme. Quatre maris s'étaient reconnus dans la personne de l'infortuné X…; dix jeunes gens, tous beaux, tous bien faits, tous bouillants du plus noble courage, revendiquaient l'initiale victorieuse de Z… L'honnête et bienveillant chroniqueur avait beau alléguer que l'anecdote était de pure invention: il avait précisé le jour et l'heure de l'événement, et on lui prouva que, le même jour, à la même heure, dans cet heureux pays de France, quatorze maris avaient ouvert quatorze armoires meublées de quatorze amants.

On a cherché querelle à Gavarni dans une occasion plus singulière encore. Le grand artiste avait dessiné deux individus assis face à face devant une table d'estaminet, avec cette légende:

«Tu vois ce monsieur qui entre là-bas?

—Oui.

—Sais-tu ce que c'est?

—Non.

—C'est pas grand'chose.»

Le troisième personnage, le pas grand'chose en question, n'était représenté ni de face, ni de profil, ni même de dos. Il ne brillait que par son absence. Et pourtant il y eut dans Paris un homme assez susceptible pour se reconnaître dans cette figure absente et demander raison au peintre qui ne l'avait pas dessinée!

Mon cas est tout différent, chère cousine. Aucun maire, aucun sous-préfet ne s'est reconnu aux portraits que j'ai tracés; mais voici des communes entières qui me félicitent d'avoir fustigé leur maire; voilà des arrondissements qui me remercient d'avoir dit la vérité sur leur sous-préfet.

J'ai reçu tout d'abord une lettre signée d'un nom fort décent, et datée de X…, département de… La voici: