Le paganisme a fait des martyrs, et il a hâté la victoire du christianisme.
Le catholicisme a fait des martyrs, et il a engendré le protestantisme.
Le despotisme a fait des martyrs, et il a produit la Révolution.
La Révolution a fait des martyrs, et elle a donné naissance à l'Empire français.
Les pensionnaires de Rome font des martyrs, et ils nous ennuient.
Mais le talent de M. Giacomotti n'est pas ennuyeux dans son tableau de la Nymphe et le Satyre. Ne craignez pas de vous y arrêter longtemps, même après avoir vu la belle toile de M. Cabanel. C'est quelque chose de moins savant, de moins achevé, de moins complet. Mais n'importe, c'est quelque chose. La touche est bonne, le dessin nerveux, la couleur surtout est charmante. M. Giacomotti a dans les veines quelques gouttes du sang de Corrége et de Baudry.
Un jeune pensionnaire, qui est encore à l'Académie, M. Clément, nous a envoyé deux tableaux. Je ne dis pas deux études, mais deux vrais tableaux, et qui ne sentent pas trop l'école.
Le premier, qu'on ne voit guère, parce qu'il est trop mal placé, représente un Dénicheur d'oiseaux. Il y a un vrai goût de nature dans ce bambin nu comme un ver.
C'est le second enfant de M. Clément, si j'ai bonne mémoire. L'aîné eut un grand succès à Rome en 1858, et fut adopté par M. de Gramont. Il charbonnait gravement sur un mur la silhouette d'un âne. Le cadet n'est pas un sot non plus, et il est dessiné d'une main plus sûre.
Quant à la Femme romaine endormie, c'est une des toiles les plus remarquées à cette Exposition. Peut-être le choix du sujet et le réalisme de certains détails a-t-il contribué à la vogue; mais cette belle et puissante nudité n'est pas seulement un appât offert à la convoitise des vieillards, c'est une excellente figure, comme l'Académie de Rome, voire l'Académie de Paris, n'en produit pas tous les jours.