Le docteur entra dans des détails qui abattirent l'insouciance et la légèreté du vieillard. Il se vit seul sur la terre, et un frisson le saisit. Sa voix baissa d'un ton; il s'attacha à la main du docteur comme un noyé à la dernière branche. «Mon ami, lui dit-il, sauvez-moi! Je veux dire, sauvez la duchesse! Je n'ai plus qu'elle au monde. Qu'est-ce que je deviendrais? C'est un ange, mon ange gardien! Dites-moi ce qu'il faut faire pour la guérir. J'obéirai en esclave.
—Monsieur le duc, il faut à Mme la duchesse une vie calme et facile, sans émotions et surtout sans privations; un régime doux, des aliments choisis et variés, une maison confortable, une bonne voiture….
—Et la lune, n'est-ce pas? cria le duc avec impatience. Je vous croyais plus d'esprit, docteur, et de meilleurs yeux. Voiture! maison! une bonne nourriture! Allez me les chercher si vous voulez que je les lui donne!»
Le docteur répondit sans se troubler: «Je vous les apporte, monsieur le duc, et vous n'avez qu'à prendre.»
Les yeux du vieillard s'écarquillèrent comme ceux d'un chat qui passe à l'ombre. «Parlez donc! cria-t-il. Vous me retournez sur le gril!
—Avant de rien vous dire, monsieur le duc, j'ai besoin de vous rappeler que je suis depuis trois ans le meilleur ami de votre maison.
—Vous pouvez dire le seul; personne au monde, ne vous démentira.
—L'honneur de votre nom m'est aussi cher qu'à vous, et si….
—C'est bon! c'est bon!
—N'oubliez pas que la vie de Mme la duchesse est en danger; que je réponds de la sauver, pourvu que vous m'en fournissiez les moyens.