—Je la trouve à souhait;[70] c'est une femme vaine et creuse, qui ne se mêlera pas de la forge et qui ne viendra point contrarier mes expériences.
—Tant mieux si elle vous a plu. Quant à vous, vous avez fait sa conquête: elle me l'a dit d'un signe pendant que je lui baisais la main. Je crois que nous pouvons faire la demande en mariage.[71]
—Déjà?
—Mais c'est ainsi que les affaires se traitent dans tous les contes de fées. Lorsque le fils du roi eut réveillé la Belle au bois dormant, il l'épousa séance tenante, sans même aller quérir la permission de ses parents.
—Quant à moi, je n'ai malheureusement besoin de la permission de personne.
—Si vous trouvez que demain soit un peu tôt, nous attendrons quelques jours. Je me tiendrai à vos ordres. À propos, il faudra que vous me prêtiez[72] votre acte de naissance et quelques autres pièces indispensables.
—Quand vous voudrez.[73] J'ai tous mes papiers dans une liasse; vous y prendrez ce qu'il faudra.»
La voiture s'arrêta devant la maison du baron. Gaston descendit aussi et continua sa route à pied, pour s'assurer qu'il ne rêvait pas.
Le lendemain, M. de Subressac vint prendre l'acte de naissance et emporta, comme par distraction, tous les papiers qui l'accompagnaient. Il confia le dossier à Mme Benoît, qui, par excès de précaution, le soumit aux lunettes d'un archiviste paléographe, ancien élève de l'École des chartes et conservateur adjoint à la Bibliothèque royale. L'authenticité du moindre chiffon fut reconnue et certifiée. Le baron fit alors la demande officielle, qui fut agréée par acclamation.
La radieuse veuve resta quelque temps incertaine si elle marierait sa fille à Paris ou si elle transporterait cette grande cérémonie dans la petite église d'Arlange. D'un côté, il était bien flatteur d'occuper le maître-autel de Saint-Thomas d'Aquin et de déranger la moitié du faubourg[74] pour la messe de mariage; mais on avait une revanche à prendre, et il importait d'effacer dans le pays les dernières traces du marquisat de Kerpry. Mme Benoît se décida pour Arlange, mais avec le ferme propos de revenir bientôt à Paris. Elle écrivit à son carrossier: