Céline parlait sans se lasser et sans s'apercevoir qu'elle faisait un monologue. Les femmes sont merveilleusement organisées pour les travaux microscopiques; elles excellent à détailler leurs plaisirs et leurs peines.
Lucile, émue, haletante, écoutait, apprenait, devinait et quelquefois aussi ne comprenait pas. Elle était comme un navigateur jeté par la tempête dans un pays enchanté, mais dont il n'entend pas la langue. L'heure du dîner approchait; Céline parlait encore, et Lucile écoutait toujours.
«Quant aux enfants, disait la jeune femme, écoute un peu le paragraphe que j'ai ajouté à mes prières: «Vierge sainte, si mon cœur vous semble assez pur, bénissez mon amour et obtenez que j'aie le bonheur d'avoir un fils pour lui enseigner la crainte de Dieu, le culte du bien et du beau, et tous les devoirs de l'homme et du chrétien.»
Ce dernier trait acheva la pauvre Lucile. Le torrent de larmes qu'elle retenait depuis longtemps rompit les digues, et son joli visage en fut inondé.
«Tu pleures! cria Céline. Je t'ai fait de la peine?
—Ah! Céline, je suis bien malheureuse! Maman m'a forcée de partir le soir de mon mariage, et je n'ai pas revu mon mari depuis le bal!
—Le soir? Depuis le bal? Miséricorde!»
Lucile raconta sommairement son histoire.
«Comment n'as-tu pas écrit à ton mari? demanda Céline.
—Je lui ai écrit.