—Et où voulez-vous qu'il demeure? Allez prendre soin de ses bagages.
—Pardon, madame; mais où faudra-t-il les porter?
—Où? sotte que vous êtes! dans la chambre de la marquise! Est-ce que la place d'un mari n'est pas auprès de sa femme?»
Gaston entra tout poudreux chez sa belle-mère, et son premier coup d'œil chercha Lucile absente. Mme Benoît, plus prévenante qu'aux meilleurs jours, répondit à ce regard:
«Vous cherchez Lucile? Elle dîne chez une amie; mais il est tard, vous la verrez avant une heure. Enfin, vous voici donc! Embrassez-moi, mon gendre; je vous pardonne.
—Ma foi! mon aimable mère, vous me volez le premier mot que je voulais vous dire. Que tous vos torts soient effacés par ce baiser!
—Si j'ai des torts, vous les aviez justifiés d'avance par cette incroyable manie dont vous êtes enfin corrigé! Vouloir vivre avec les loups à votre âge! Avouez que c'était de l'aveuglement et rendez grâces à celle qui vous a éclairé! N'êtes-vous pas mieux ici que partout ailleurs? et peut-on vivre une vie humaine hors de Paris?
—Pardon, madame, mais je ne suis pas venu à Paris pour y vivre.
—Et pour quoi donc faire? pour y mourir?
—Je n'y resterai pas assez longtemps pour que la nostalgie m'emporte. Je suis venu à Paris pour chercher ma femme et faire une visite indispensable.